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Juillet
2008 : foins, confitures et récoltes par F. Anchling |
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Les
fêtes de la musique, les feux de la Saint-Jean et les touristes célèbrent chacun
à leur manière le solstice d'été, l'apothéose de la course solaire, le sommet de
l'échelle du zodiac. Le développement de la nature, calqué sur la course du
soleil est lui aussi arrivé à son point culminant et nos colonies ont atteint
l'apogée de leur croissance saisonnière. C'est la saison des foins, cette année
retardée par le mauvais temps de ce printemps qui ne s'est jamais décidé à
s'installer franchement, c'est aussi celle des bonnes confitures familiales avec
les petits fruits de saison. C'est également à la Saint Jean que l'on récolte
les noix destinées au vin de noix ou à la liqueur de noix, si appréciées lorsque
vient la froidure.
C'est
maintenant dans les premiers jours de juillet que nous devrons récolter les
derniers miels de ce printemps larmoyant ; nous saurons alors si nos protégées
ont réussi à transformer en abondance de récolte les quelques fleurs qu'elles
ont pu visiter. Dans de nombreuses régions transformées en désert apicole par la
monoculture du maïs, l'apiculteur sédentaire n'a que peu d'espoir de récolter
des miels d'été. Seuls les transhumants qui suivent les miellées successives
peuvent y accéder.
Il en va de même pour nos abeilles, les propositions de nourriture ne sont plus
aussi abondantes et nos amies, prévoyantes le savent très bien. Elles savent que
pour elles l'essentiel est fait, parce qu'elles adaptent leur comportement au
rythme biologique de la nature, conditionné par la course du soleil.
Insensiblement la durée du jour commence à décroître et les populations si
nombreuses au sommet de l'été se réduisent progressivement au contraire de
varroa, qui lui, continue à accroître sa population sans aucun égard pour
ménager l'hôte qui assure sa survie.
Qu'aurons-nous à faire en juillet, avant de prendre quelques jours de repos ?
Mais en août il n'est plus question de se reposer car qui dort en août, dort à son coût.
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Les
signes indicateurs de la fin de la saison
Comment remarque-t-on la fin d'une miellée ? Chacun connaît les miellées de son
environnement et remarque très vite l'absence des abeilles sur les fleurs de la
dernière récolte espérée. D'autre part, chaque apiculteur a confectionné un
abreuvoir pour ses protégées : lorsque les butineuses rentrent du nectar, les
abreuvoirs sont boudés, l'assèchement de ce nectar dans la ruche produit
suffisamment d'eau pour assurer les besoins de la colonie. Mais quand les
abeilles assiègent l'abreuvoir, c'est qu'il n'y a aucune miellée (il n'y a pas
de miellée par vent du nord et plus de miellée lorsque les fleurs sont
fécondées).
En été n'oublions pas de contrôler fréquemment nos abreuvoirs, les besoins en
eau d'une colonie restent important, non seulement pour l'élevage du couvain,
mais aussi pour le rafraîchissement de la ruche.
Chaque apiculteur doit être conscient que la piscine du voisin, surtout en
période de vacances, même si elle présente une formidable réserve conduira à des
disputes ou des procès. Chaque été Groupama est saisi de plaintes à ce sujet.
La colonie sait très bien définir à quel moment les jeux sont faits, elle
élimine alors les bouches inutiles des pauvres faux bourdons.
La fin de l'idylle pour les faux-bourdons.
C'est inscrit dans la mémoire des temps. Comme de pauvres mendiants, ils
cherchent à revenir au trou de vol, pour trouver la survie d'un jour encore.
Mais incapables de butiner la moindre fleur, ils ne vivent qu'avec les réserves
de la ruche, ce qui explique leur élimination lorsque la nourriture se fait
rare, d'autant plus qu'ils consomment trois fois la ration d'une ouvrière.
Et pourtant, ils étaient les vedettes pendant la saison des noces. Chaque ruche
voulait élever le plus grand nombre de ces gros poupons afin d'assurer la survie
de la colonie et le prolongement de son caractère. D'une taille imposante à côté
de la petite ouvrière, ils se laissaient vivre, volant de-ci de là avec une
sonorité de contrebasse dans le tourbillon incessant des insectes de toutes
sortes. Pendant leur courte vie (90 jours en moyenne) ils ne font rien, se
promènent sur les rayons, se nettoient, mangent pour assurer leur maturation
sexuelle et exécutent quelques vols de repérage. Ils sortent entre 14 et 17
heures pour se retrouver avec d'autres faux-bourdons en un lieu identique chaque
année, ce qui est appelé agrégation de mâles. C'est de là qu'ils s'élancent
lorsqu'une jeune reine vierge passe à proximité pour prendre part au plus grand
événement de leur vie, la course à la fécondation de la reine.
Chaque ruche élève en moyenne au cours d'une année entre 2 000 et 6 000 mâles.
On a souvent reproché aux faux-bourdons de vivre aux dépens de la ruche, de
n'avoir qu'un rôle de reproducteurs en échange de la nourriture fournie par les
ouvrières. Des études récentes sur le cheminement du nectar à l'intérieur d'une
ruche ont quand même démontré que les mâles prenaient le nectar régurgité par
les ouvrières et le distribuaient autour d'eux. En effet, pour se transformer en
miel, le nectar doit passer plusieurs fois dans le jabot des ouvrières ; les
mâles participent eux aussi eux aussi à
l'élimination de cette eau.
L'élimination des faux-bourdons n'est pas en rapport avec les réserves de la
ruche. Seule l'absence de miellées provoque cette réaction des ouvrières ; les
faux-bourdons ne sont éliminés que lorsque les plantes ne fournissent plus de
nectar. Les ouvrières privent alors les mâles de nourriture, les chassent
et leur interdisent l'entrée de la ruche allant jusqu'à leur sectionner les
nervures de la base des ailes à l'aide de leur mandibule, ou les tuer d'un coup
d'aiguillon s'ils se font trop insistants. Les premières sacrifiées sont les
larves et les nymphes, puis la chasse aux adultes commence.
Attention : des exceptions sont constatées uniquement dans le cas de ruche
orpheline où la présence des mâles est tolérée jusqu'à l'extinction de la
colonie elle-même. C'est une indication à ne pas négliger. Cette colonie doit
être éliminée par réunions avec une autre colonie. Le remérage est pratiquement
impossible car lorsque l'apiculteur découvre cette situation, il n'y a plus les
jeunes larves qui permettraient de sauver la colonie.
L'arrêt des constructions.
Plus ou moins rapidement selon le lieu où la température, la construction des
rayons va s'arrêter. La production de cire se limitera strictement aux besoins
immédiats de la colonie et à l'operculation des cadres de miel. Nous devrons
donc retirer les rayons non construits en totalité pour éviter
l'encombrement de la ruche par des volumes inutilisés.
Il convient alors de récolter les derniers miels encore présents dans les
hausses avant que toutes les sources de nectar ne soient taries. Il faudra
profiter d'une journée calme, pour enlever tous les cadres et les hausses (le
travail est grandement facilité si l'on intercale un chasse abeilles), pour
faire lécher les cadres inutilisés et ranger le matériel sauf si des miellées
d'arrière saison sont prévisibles.
Il faut profiter des dernières petites miellées pour conduire une visite
approfondie de toutes les colonies. Ce contrôle permet de vérifier l'aspect du
couvain qui doit être bien fourni et homogène à tous les stades de croissance,
ce qui nous permettra de juger de la capacité de la reine à conduire son peuple
jusqu'au printemps prochain. Il faut aussi veiller à la présence d'une banane de
miel entourant le couvain. On notera le nombre et la qualité des réserves de
miel et de pollen, ce qui peut nous conduire à envisager un nourrissement si les
réserves sont trop faibles. C'est l'occasion d'une remise en ordre du nid à
couvain en éliminant et remplaçant les cadres vides noirs et vieux. Ce sont eux
qui contiennent le maximum de parasites.
Cette visite est importante car il serait fortement préjudiciable pour la
colonie de se trouver démunie et exposée à la famine en cas de temps défavorable
prolongé (sécheresse). La colonie qui se trouverait ainsi en situation précaire
après avoir vécu dans l'abondance réduirait fortement sa ponte ou bien même
l'arrêterait totalement. De telles situations en cette période de l'année
auraient des conséquences tragiques pour la survie de la colonie. Il n'y aurait
plus assez de jeunes abeilles pour atteindre le printemps suivant.
L'aspect du couvain doit être bien observé. En cas d'incertitude, il est
préférable de demander l'assistance du spécialiste apicole.
Modification de l'humeur de nos protégées.
La disparition des ressources nectarifères va de pair avec une augmentation de
l'agressivité de nos abeilles. Nous veillerons donc à ne pas les déranger si les
conditions atmosphériques ou environnementales sont défavorables. Les abeilles
ont un instinct naturel de défense. Pour contenir leur agressivité naturelle
nous avons une arme primitive certes, mais suffisante : la fumée. Muni d'un bon
enfumoir, il est possible de travailler sans problème majeur, avec un minimum de
gênes pour les abeilles. Le but est de les maintenir dans le calme et non de les
asphyxier.
L'apiculteur doit toujours s'imposer et ne pas laisser les gardiennes prendre le
dessus. Quelques jets de fumée par le trou de vol vont mettre la colonie en
bruissement, suivi d'une prise de miel ce qui les calme. Une bonne pénétration
de la fumée dans la ruche provoque un bourdonnement grave de la colonie ;
lorsque ce son grave s'atténue, si une certaine nervosité commence à s'installer
et que les gardiennes lèvent l'abdomen, il faut de suite enfumer énergiquement.
Dans un rucher, plus les colonies sont groupées en nombre important, plus il
faut être prudent car l'agressivité est contagieuse. Lorsqu'une colonie réagit
trop violemment, il est prudent de reporter l'opération à une date ultérieure.
Récolter
les dernières hausses
On sait que le miel ne doit être récolté que lorsqu'il est mûr, c'est-à-dire
suffisamment sec pour se bien conserver. Pour tous les miels, le taux d'humidité
ne doit pas dépasser 18 %, exception faite du miel de bruyère pour lequel on
peut admettre jusqu'à 20 %. D'instinct nos protégées savent exactement quand le
produit de leur travail est en état de bonne conservation et aussitôt elles le
protègent avec une fine pellicule de cire, un opercule.
Dans un tronc d'arbre ou un panier, les caractéristiques de l'habitat leur
permettent d'y arriver sans difficultés. Mais dans une habitation qui respire
peu et qui de plus est rendue étanche par un plastique qui ne laisse échapper
aucune vapeur, leur travail est beaucoup plus difficile. Pressées par
d'abondantes rentrées de nectar et les difficultés à l'assécher dans une
atmosphère environnementale trop humide, comme ce fut le cas pendant ce mois de
juin 2008, nos abeilles operculent à la hâte un miel qui peut contenir 24 %
d'humidité. Il ne faut pas oublier que dans 3 litres de nectar, il y a 2 litres
d'eau à éliminer.
Si ce miel reste dans la ruche, elles le reprendront plus tard pour l'assécher
et ainsi lui assurer les conditions d'une bonne conservation. Si par contre,
l'apiculteur intervient et récolte ce produit avant que les abeilles ne l'aient
retravaillé, il y aura fermentation dans le seau et un miel fermenté est
impropre à la consommation de l'homme et de l'abeille.
En pratique, il est conseillé de ne récolter que les rayons entièrement garnis
et operculés lorsqu'il s'agit d'un miel de printemps. En fin de saison, les
abeilles tardent à operculer des rayons pourtant bien remplis et dont le taux
d'humidité est correct. Ce miel est en attente de transfert dans le corps de
ruche, dans les alvéoles libérées par la naissance du couvain dont le volume
maintenant se rétrécit. Avant de récolter ce miel il est prudent de contrôler
son taux d'humidité avec un réfractomètre. Si la saison avance et que l'on
souhaite en finir, il va falloir obliger nos abeilles à transférer ce miel dans
le corps de ruche : pour cela on dispose entre le corps de ruche et la hausse,
un couvre-cadres dont on ouvre d'un centimètre le trou de nourrissement, de
sorte à ce que les butineuses aient l'impression d'avoir découvert une source de
nourriture qu'elles se mettent à piller allègrement.
Quelques recommandations pour augmenter les chances de récolter un miel
commercialement parfait :
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n'utiliser dans les hausses que des cadres propres n'ayant jamais contenu du couvain. Ainsi l'on est assuré de n'avoir qu'un minimum de spores de levures ou de moisissures. |
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ne donner la hausse que si les abeilles sont suffisamment nombreuses pour couvrir tous les cadres. |
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pour combattre le risque d'essaimage, l'on propose de réduire la population ou le couvain en créant des essaims artificiels ; cela est néfaste à la production d'un miel de qualité, il n'y a plus assez de jeunes abeilles pour travailler le nectar. |
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le moment de la récolte est souvent un dilemme : il est recommandé de ne prélever que les cadres au trois-quarts operculés, ce n'est malheureusement pas une garantie surtout pas pour les miels de printemps. De même, l'on propose souvent pour s'assurer que des miels non encore operculés sont pourtant mûrs, de donner une petite tape sur la barrette supérieure du cadre tenu en main. Cela ne doit pas provoquer d'éclaboussures, ce n'est pas une garantie non plus. Cela prouve seulement qu'aucun ajout de nectar frais et récent n'a liquéfié une partie du miel déjà en place. Mieux vaut attendre quelques jours après la fin de la miellée et contrôler le taux d'humidité avec le réfractomètre. |
Que faire si par accident le miel extrait titrait plus de 19 % d'humidité ?
Faire un sirop 1/1 (ce qui signifie un kilo de miel dilué dans un litre d'eau
chaude) et le donner aux abeilles chaque soir à raison de maximum un litre. Ne
jamais mettre du miel pur dans un nourrisseur (pillage assuré) et réduire dans
tous les cas l'entrée du trou de vol pendant la durée du nourrissement.
Le miel est un produit noble chargé de saveurs et de flaveurs. Rien ne devrait
porter atteinte à sa qualité. Le procédé de récolte le plus respectueux de la
qualité du produit, le moins stressant pour la colonie, indifférent aux
conditions climatiques : c'est le chasse abeilles. C'est un appareil que l'on
trouve dans le commerce et qui ne permet le passage des abeilles que dans un
seul sens. Il est fixé sous un plateau couvre-cadres percé d'un trou de
nourrissement. Ce plateau est intercalé la veille au soir entre la ruche et sa
hausse. Pendant la nuit, les abeilles privées des effluves contenant la
phéromone de la reine, descendent à sa rencontre et le lendemain matin de bonne
heure, la hausse est pratiquement vide et peut être récoltée très rapidement
sans excitation au rucher et sans fumée.
Ce procédé est fortement recommandé, surtout en fin de saison quand nos
protégées défendent avec acharnement leurs provisions ; la tranquillité au
rucher et ses environs n'est aucunement mise en danger. La mise en place du
plateau chasse abeilles est aisé. Le soir à la nuit tombante, un jet de fumée
dans le trou de vol met la colonie en bruissement, la hausse recouverte de son
couvre-cadres est levée, posée sur un support (chez moi c'est une vieille
brouette à foin rehaussée d'un plateau), le plateau chasse abeilles est installé
puis la hausse reprend sa place. L'opération dure 30 secondes, pas une abeille
n'a eu le temps de réaliser ce qui est arrivé.
Le lendemain à l'aube les rayons bons à extraire sont prélevés, les autres
restent en place jusqu'au soir. Les quelques abeilles restantes privées des
stimuli induits par la phéromone de la reine sont indolentes et ne gênent
nullement l'enlèvement des cadres.
Le soir à la nuit tombante, les cadres extraits, préalablement vaporisés sur les
deux faces avec de l'eau fraîche pour éviter l'excitation des abeilles sont
remis dans la hausse ; celle ci est levée, posée sur un support, le chasse
abeilles retiré, la hausse reprend sa place sur le corps de ruche. Il est
important que les cadres soient bien léchés avant stockage pour l'hiver car le
miel étant hygroscopique attirerait l'humidité ambiante et fermenterait rendant
les cadres impropres à une réutilisation.
Un petit truc : lorsque je récolte cadre par cadre, pour ne pas être gêné par
les abeilles qui sont brossées et se réfugient sur les cadres encore en place et
deviennent hargneuses d'être écartées à répétition, je les fais tomber dans
l'entonnoir de la caisse à nucléis. A la fin de l'opération, je les bascule dans
la hausse comme si c'était un essaim et je recouvre le tout.
Surveiller
les jeunes essaims
Les essaims récoltés au cours de l'année ont été installés dans des ruchettes de
cinq ou six cadres. Dans ce petit volume, ils ont assuré plus facilement la
régulation thermique du nid, et au fur et à mesure de leur développement, ils
ont progressivement occupé la totalité du volume constructible. Une surveillance
permanente et attentive est nécessaire pour accompagner leur développement et
les assister en leur donnant en permanence des cadres à construire. Lorsqu'on
constate que les abeilles remplissent totalement les espaces libres, qu'elles
sont à l'étroit dans leur logement et il est grandement temps de les transférer
dans une ruche.
Les cadres bâtis sont placés au centre de la ruche, les cadres extérieurs sont
écartés et un cadre à construire est intercalé. Il faut encourager la colonie à
construire et non pas à faire des provisions qui entraveraient la ponte de la
reine. C'est pourquoi les cadres à bâtir seront toujours positionnés entre le
nid et le cadre extérieur avant que ceux déjà en place soient totalement
construits.
Un nourrissement de stimulation 1/1 donné chaque soir à raison d'un litre, fera
croire à la colonie qu'une miellée est en cours ; il favorise la construction
des cadres et la ponte de la reine. Il permet d'obtenir un développement rapide
et harmonieux de l'espace occupé par l'essaim. Il peut être poursuivi durant
plusieurs semaines jusqu'au moment où la colonie aura atteint le développement
souhaité c'est-à-dire que la ruche sera totalement occupée.
Les colonies ayant essaimé ne
risquent-t-elles pas de tomber orphelines ?
Les colonies ayant essaimé ont subit un arrêt de leur développement. Environ
huit jours après le départ de l'essaim, la première jeune reine vierge sort de
sa cellule. Pendant que sa maturité se développe, elle assiste à la naissance
journalière d'environ 2 000 jeunes abeilles, fruits des œuvres de sa mère qui
viennent renforcer la population restante de la colonie. Dans les jours qui
suivent - de 1 à 8 maximum suivant les conditions météo, elle s'élance pour le
vol nuptial et s'accouple avec de nombreux faux-bourdons.
Deux à trois jours après son retour, elle commence à pondre et ce n'est que cinq
à six semaines plus tard, soit avec trois semaines de retard sur l'essaim, que
de jeunes abeilles viendront renouveler la population de la souche. Mais que se
passe-t-il si la majesté attendue ne revient pas de son vol nuptial, soit
qu'elle se soit trompée de ruche, soit qu'elle ait eu un accident.
Nous aurons alors une ruche orpheline dont l'activité aura donné le change
pendant plusieurs semaines. Bien souvent le débutant rebute à contrôler
l'intérieur de ses ruches. En effet il sait que les visites troublent les
abeilles dont certaines risquent d'être malmenées, car cela met en cause la
productivité ou même l'existence de la colonie si la reine était blessée ou
tuée. Il aimerait se rendre compte de l'état d'une population d'abeilles sans
ouvrir la ruche par l'examen des indices extérieurs. Il est certain qu'en toute
saison il est très utile de distinguer par l'observation extérieure, la colonie
que l'on doit absolument visiter, de celle dont l'apparence rassure.
Dans une colonie orpheline, courant juillet, l'activité au trou de vol a
fortement régressé comparativement aux autres ruches. Alors que dans les autres
colonies les faux-bourdons sont rejetés, dans celle-ci ils sont acceptés. Bien
plus, aux côtés de gros faux-bourdons fils d'une reine, on observe des mâles
plus petits qui sont les fils d'abeilles devenues bourdonneuses en l'absence
d'une reine fécondée. En soirée la ruche est fortement courtisée par des
papillons de fausse teigne. Alors que faire ? Cette colonie doit être
obliga-toirement et rapidement visitée. On observe alors qu'elle n'a plus de
couvain, parfois on ne trouve que du couvain de mâle et en cherchant bien on
distingue aussi quelques œufs disséminés sur un cadre et même parfois deux ou
trois œufs dans la même cellule. Ce sont certaines ouvrières, des ouvrières
pondeuses, qui se sont mise à pondre et n'étant pas fécondées leurs œufs ne
donnent naissance qu'à des mâles, de petits mâles. À ce stade il est difficile
de récupérer cette colonie sachant qu'elle devra affronter les difficultés d'un
hiver prochain avec des abeilles déjà âgées.
Mais il serait dommage de perdre des butineuses encore valides. Interrogation :
va-t-on renforcer une colonie donnée ou bien va-t-on les laisser se répandre
dans le rucher ? Il est difficile d'estimer la valeur et la longévité des
butineuses, ni leur caractère après une longue période sans contact avec une
phéromone royale. Dans l'incertitude, mieux vaut les laisser mendier leur
acceptation chez des voisines que de les imposer à une seule.
Comment procéder ? D'abord enfumer copieusement cette colonie orpheline, ce qui
va inciter les abeilles à se gorger de miel, puis l'emmener à une bonne centaine
de mètres du rucher, brosser les abeilles dans l'herbe, enlever du rucher tous
les éléments qui portent l'odeur de la ruche orpheline, trier les cadres : ceux
contenant du couvain seront fondus car la majorité des varroas sont concentrés
dans ce couvain de mâle. Seuls seront conservés les cadres fraîchement
construits et récents, tous les autres seront éliminés. Les abeilles brossées
dans l'herbe vont se répartir dans le rucher en abandonnant sur place celles qui
ne peuvent voler dont les pondeuses.
Quand
Varroa devient un danger !
Savoir interpréter les symptômes de la varroase.
Chaque apiculteur sait à quoi ressemble varroa, mais les varroas sont souvent
cachés au fond de la cellule et il n'est pas toujours facile de reconnaître les
dégâts qui en résultent. Lorsque l'infestation a atteint un certain degré, l'on
aperçoit avec effroi des abeilles atrophiées. Si rien n'est immédiatement
entrepris, l'étape suivante est le départ des butineuses vers des colonies
voisines auxquelles elles amènent une grande quantité de varroas.
C'est le nombre de varroas qui va conditionner nos interventions au rucher.
Des contrôles fréquents et précoces sont très importants. Dès début juillet les
langes graissés seront remis en place
de façon à pouvoir décompter régulièrement
les chutes naturelles de varroas, pour éviter que sa présence devienne
incontrôlable. Selon une formule lapidaire proposée par les chercheurs, on
calcule que la chute naturelle de 1 varroa/jour en moyenne sur une semaine
correspond à une infestation globale de 500 varroas. Il faut veiller à ne jamais
dépasser le seuil de 2 000 varroas c'est-à-dire 4 varroas/ jour/moyenne car
alors la situation serait très grave nécessitant une intervention immédiate.
Attention aux fourmis friandes des varroas morts, ce qui risque de fausser les
résultats. Si le traitement est simple pour les colonies faiblement infestées et
peut attendre fin août, il doit être radical et immédiat pour les autres. En
effet on constate que s'il fallait il y a dix ans 10 000 varroas pour qu'une
colonie s'effondre, aujourd'hui 2000 suffisent.
Juste avant l'operculation de la cellule d'une larve, un varroa femelle
s'introduit. Quelques heures plus tard le parasite perfore la peau de la larve
pour se nourrir de son hémolymphe. De suite elle commence à pondre des œufs : du
premier oeuf sort un mâle, des suivants une femelle. La femelle est
immédiatement fécondée et le mâle meurt. La femelle fondatrice et sa progéniture
sucent pour se nourrir l'hémolymphe de la larve. Avec la naissance de l'abeille,
les parasites sortent eux aussi de la cellule, ils se dirigent de suite vers une
autre cellule en phase d'operculation ou sur une abeille adulte dont ils
suceront également l'hémolymphe.
Avec sa trompe, varroa suce l'abeille mais lui injecte également des maladies,
c'est là que réside le plus grand danger de la varroase.
Et ce qu'il ne faut pas oublier : c'est que pendant la période d'élevage, le
nombre de varroas double toutes les trois semaines alors qu'une seule génération
d'abeilles voit le jour.
Après la dernière miellée et l'enlèvement des hausses, un contrôle très attentif
du couvain doit être entrepris. Et certains signes peuvent nous renseigner sur
l'importance des dégâts engendrés par varroa. Le tout premier c'est l'ouverture
des cellules par les abeilles pour en extraire le couvain parasité : cet aspect
du couvain doit nous intriguer et nous faire réfléchir. Nettement plus visibles
sont les dommages au couvain, quand le développement de la nymphe a été retardé
par le parasite ou bien lorsqu'elle a subit des dommages par les virus qui lui
ont été inoculés. Si la nymphe est morte, alors on peut observer des opercules
plus foncés quelquefois percés d'un trou. Dessous on trouve une abeille morte,
très souvent foncée. Il faut alors ouvrir l'opercule et observer la larve qui se
trouve à l'intérieur. Lorsque la varroase est déjà très avancée on trouve
fréquemment un couvain qui ressemble au couvain plâtré ; là aussi l'opercule est
légèrement cintré avec un trou. La larve est dans la cellule avec une tête
penchée et colorée en jaune, brun et même en noir. Lorsqu'on retire la larve un
jus s'écoule. Les larves atteintes de cette maladie se différencient facilement
par leur forme, couleur et odeur de la loque américaine. En cas d'incertitude
mieux vaut faire appel au spécialiste apicole.
Proposition de traitement pour les colonies fortement infestées On enlève tous
les cadres de couvain operculé et l'on conserve le couvain ouvert. Si les cadres
sont anciens, ils seront fondus et remplacés par des cadres fraîchement
construits ; s'ils sont récents, de couleur jaune clair, ils seront mis au
congélateur pendant 4 jours pour tuer le couvain et les varroas, puis rendus à
la colonie.
A première vue, cette méthode peut paraître horrible et semble compromettre la
survie de la colonie. C'est le contraire qui se produit ; ce couvain fortement
parasité ne donnerait naissance qu'à des abeilles atrophiées, incapables de
passer l'hiver ou tout au moins d'assurer leur destinée d'abeilles d'hiver. De
plus, si elle est sollicitée par un nourrissement de stimulation adéquat, la
reine est capable de reconstituer très vite de larges surfaces de couvain, qui
lui, ne sera pas parasité. Si un traitement anti varroas est conduit en
parallèle (avec un produit à base de thymol par exemple) on peut être assuré
d'un résultat à 95 %. Il est trop tard pour entreprendre le confinement de la
reine sur un cadre ou tout autre méthode pour attirer varroa. Il y en a trop et
le temps presse si l'on veut sauver la colonie.
Dernière opération : quatre semaines plus tard (donc 2e quinzaine d’août), la
reine doit avoir du couvain à tous les stades de développement, ce qui
permet de décider de la suite des opérations. Suivant l'âge de la reine, le
nombre d'abeilles, les vieilles colonies trop faibles seront réunies avec un
nucléi, on a ainsi une colonie forte pauvre en varroas ou tout au moins qui n'en
contient plus que très peu.
Attention aux ré-invasions : le contrôle continu de la mortalité naturelle est
primordial pendant toute la période de mise en hivernage pour s'assurer qu'il
n'y ait pas de ré-invasion, ce qui neutraliserait tous les soins précédents et
conduirait à la disparition de la colonie. Il sera de toute façon recommandé de
faire un traitement hors couvain avec un produit autorisé.
Et surtout, n'oublions pas de renseigner le registre d'élevage de nos
interventions pour traiter varroa. Ces registres doivent être conservés pendant
cinq années.
En Août
C'est en août que débute l'élevage des abeilles d'hiver, qui naîtront en
septembre et à la différence de leurs sœurs d'été, devront vivre 6 mois pour
relancer le développement de la colonie au printemps prochain. C'est la raison
pour laquelle on a l'habitude de dire que l'année apicole commence en août. La
colonie, prudente, ne se lancera dans cet élevage qu'en fonction de ses réserves
et des rentrées de nectar et pollen que les butineuses pourront récolter. Si les
rentrées de nectar sont absentes l'apiculteur devra y suppléer car sans un
apport continu de provisions, il n'y aura pas d'élevage. Cela suppose un certain
doigté, il ne faudrait pas qu'un excès de nourriture remplisse toutes les
cellules disponibles. La reine n’aurait alors plus aucune possibilité de ponte.
Ce serait l’inverse de nos souhaits de développement. Mais alors, se demande le
jeune apiculteur, comment bien faire ? Par la visite d’automne préalable à toute
décision.
Visite
d'automne
Cette visite dont nous avons parlé précédemment est semblable à la visite de
printemps. Elle intervient après l’enlèvement et le léchage des dernières
hausses et doit permettre de faire un bilan de l'état de chaque colonie quelques
semaines après la remise en ordre du nid à couvain et de noter soigneusement les
quantités de réserves en nourriture, en pollen et couvain. Dans les régions de
grandes cultures, il peut y avoir absence de nectar pendant plusieurs semaines
et la colonie entame alors ses réserves qui sont très minces, la plupart des
cadres du corps de ruche ayant été occupés par du couvain. La reine réduit alors
sa ponte et peut même l'interrompre totalement en cas de disette prolongée. La
colonie sera très vite affaiblie, habitée de vieilles butineuses incapables de
profiter d'une petite miellée d'automne (lierre ou verges d'or…).
Nourrissement de stimulation : Maintenant en août, il devient urgent de relancer
la ponte de la reine ; pour cela une seule solution : lui donner le sentiment
d’une miellée, ce qui signifie un nourrissement en continu. Nous savons que pour
se sentir à l’aise, la colonie doit pouvoir s’adosser à un matelas de 10 à 12 kg
de miel. Ce qui correspond à trois cadres Dadant remplis de miel, operculés sur
les deux faces. Avant toute autre opération, ce matelas de confort devra être
reconstitué s’il n’existe pas. Sans ce matelas de sécurité, elle stockera la
nourriture donnée, sans relancer la ponte.
On a aussi constaté que les colonies nourries par un sirop de stimulation
récoltent plus de pollen que les colonies non stimulées et que ce pollen est
stocké dans le bas des cadres, préparant ainsi l'emplacement de la grappe
d'hivernage, à proximité des réserves de pollen. De plus, les abeilles de ces
colonies présentent des glandes hypopharyngiennes et un corps adipeux plus
développés : elles sont donc mieux préparées à faire de l'élevage au printemps
prochain. Le sirop de stimulation s’obtient en apportant chaque soir pendant au
minimum trois semaines, à la tombée de la nuit un sirop léger (1/1),
c’est-à-dire 50 % de miel ou de sucre dans 50 % d’eau, légèrement tiédi (il sera
alors plus vite absorbé) en quantité ne dépassant pas 0,500 litre. Ce sirop peut
être parfumé avec des feuilles de menthe ou de mélisse.
Il faut savoir qu’un sirop concentré ne stimule jamais la ponte. Les sirops du
commerce prêts à l’emploi sont trop concentrés, pour une stimulation. Et nourrir
pendant une miellée n’a aucun effet sur la ponte. L’analyse des butineuses de
plusieurs ruchers a révélé que Noséma Ceranae était présent et en état de
virulence dans 50 % des ruchers contrôlés aux côtés de Nosema Apis. Pour
prévenir cette maladie qui provoque fréquemment l’effondrement des colonies, il
n’existe aucun médicament autorisé. Une recette ancienne et empirique dont
l’efficacité n’a jamais été prouvée scientifiquement, propose d’ajouter au sirop
de nourrissement et de stimulation une cuillerée à soupe de vinaigre de cidre
par litre de sirop. La relance de la ponte n’engendre que des ouvrières. A cette
époque de l’année, il n’y a plus de faux-bourdons sauf naturellement si la
colonie envisage de remplacer sa reine. L’apiculteur est capable de constater si
une reine a souffert (le poil râpé, une aile endommagée, une patte arrachée…),
mais il est incapable de juger selon les critères de la colonie ce que vaut son
spectre phéromonal. C’est ainsi qu’apparaît soudain une cellule de sauveté.
Nourrissement pour reconstituer les réserves de la colonie : le sirop de
saccharose (qui est du sucre du commerce) traditionnel convient parfaitement.
Par contre il doit être le plus concentré possible et l'on préconise
généralement trois kilos de sucre pour deux litres d'eau (3/2). Sa fabrication
est simple, le sucre est versé en pluie dans l'eau bouillante, il se dissout
rapidement, on le porte à ébullition pendant quelques minutes et on le laisse
refroidir. On donne aux abeille.
F. ANCHLING
avec l'aimable autorisation de la revue
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