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OURS
– APICULTEURS par Gilles Fert
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Pour l’apiculteur de montagne, les ruchers les plus
intéressants sont les endroits isolés, riches en plantes à baies comme les
framboisiers, myrtilles…etc. Il se trouve que l’ours des Pyrénées apprécie
également ce type d’habitat. Cette cohabitation qui existe depuis la
présence de l’homme dans ces zones sauvages reste difficile mais pas
impossible.
Distribution
géographique
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L’ours brun des Pyrénées appartient à la lignée occidentale de la
population européenne d’ursus arctos, qui est présente depuis l’Espagne
jusqu’au sud de la Suède, en passant par la France, l’Italie, la
Slovénie, la Croatie. L’ours brun Européen se rencontre principalement dans les zones de basse montagne partiellement boisées et isolées. Surtout présent dans l’Est et le Nord de l’Europe, il résiste difficilement à la pression de l’activité humaine dans les massifs tels que les Pyrénées. On observe également quelques petites populations locales en Italie et dans les Asturies espagnoles. Cette espèce est le plus souvent décelable dans la nature par ses empreintes de pattes arrières d’apparence humaine, ses poils à la pointe blanchâtre, ses fèces volumineux et ses griffures laissées sur les arbres à hauteur d’homme. |
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L’IPHB (Institut Patrimonial du Haut Béarn) recense aujourd’hui une vingtaine d’ours sur tout le massif Pyrénéen en comptant les réintroductions. En effet, depuis 96, la micro population pyrénéenne a été renforcée par des ours issu de Slovénie. Cette population se déplace sur tout le massif, aussi bien espagnol que français.
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Reintroduction d'ours dans les Pyreénées
1997
2006
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Répartition communale
(Andorre, Espagne, France) sur la base des informations de l’équipe
technique ours (ONCFS) |
Mode de vie
Contrairement aux idées reçus, l’ours brun des Pyrénées a plus un régime
végétarien que carnivore. Cela ne l’empêche pas de s’attaquer parfois aux
moutons. Des dizaines de déclarations d’attaques de bétail ont été observées
en 2007, entraînant une indemnisation.
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![]() Constat par l’IPHB d’une attaque d’ours dans une vallée béarnaise. ( photo G.Fert) |
Concernant l’apiculture, le renforcement de la population locale par des
ours slovènes, à rendu impossible le placement des ruches dans les
emplacements habituels de certaines vallées sans une protection
particulière. Il semblerait que l’ours slovène soit plus attiré par les
ruches que son cousin pyrénéen. L’ours préfère de loin le couvain au miel.
Cette consommation de larves lui apporte les protéines nécessaires à la
sortie de l’hiver et en fin d’automne en prévision de l’hivernage.
Les attaques de
ruchers
Quel que soit le pays, les apiculteurs exerçant dans les zones à ours sont
de plus en plus concernés par les attaques de ruchers. L’évolution des
textes montre une tendance vers une protection juridique de plus en plus
importante de la biodiversité et notamment de l’ours brun. L’espèce étant
menacée, les États, qui abritent une population d’ours brun, portent une
responsabilité dans sa conservation et donc dans la mise en oeuvre de
mesures efficaces de gestion, voire de restauration.
L’ours brun est une espèce protégée au sens de l’article 12 et de l’annexe
IV de la directive Européenne, (interdiction de capture ou de mise à mort
intentionnelle…)
Les attaques ont parfois lieu en début de saison, à la sortie de
l’hibernation lorsque peu d’aliments sont disponibles (de mars à juin) mais
le plus souvent à l’automne. Au cours des cinq dernières années, dans les
Pyrénées, les ours ont endommagé en moyenne 22 ruchers par an avec des
dégâts portant sur 35 ruches par an en moyenne. Généralement, lorsque l’ours
s’attaque à un rucher, il endommage une seule ruche. Et, dans de rares cas,
les dégâts portent sur un nombre plus important de ruches (pouvant aller
jusqu’à une dizaine).
Les contraintes intrinsèques à la montagne demeurent un frein au
développement de l’apiculture. Cependant, cette activité présente
d’importants débouchés et des possibilités de valorisation. L’impact de
l’ours est relativement faible mais nécessite d’être pris en compte pour
proposer des solutions de prévention des dommages adaptées.
Ministère de l’environnement 2007
Protection des
ruchers
Les recommandations en cas d’attaque sont :
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changer d’emplacement lorsque c’est possible, |
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placer un poste radio dans le rucher ( le bruit permanent dissuade l’ours quelques jours, le temps de prendre d’autres mesures), |
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installer une clôture électrifiée. S’il persiste, piéger l’animal afin de le déplacer à plusieurs centaines de km. |
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La protection des ruchers contre les attaques d’ours passe le plus souvent
par l’installation de clôtures électriques fixes ou mobiles pour les ruchers
transhumants. |
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| Témoignage «Je me croyais malin en te disant que je n'avais jamais de problèmes d'ours, et voilà que cette année c'est mon tour. Le compère n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Pas moins de trente ruches renversées et 12 ruches complètement destroy. Les gardes de "Conservation Manitoba" m'ont vraiment aidé. Nous avons installé deux énormes pièges mais jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas la chance de notre côté. Les pièges restent désespérément vides. Dans certaines régions du Canada, c’est pire. Je me rappelle très bien d’un emplacement où ce collègue avait sanglé chaque ruche individuellement avec un feuillard métallique qui était connecté à la clôture électrique, pour te dire le degré d’exaspération du gars. |
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En s'approchant de l'emplacement, on s'est vite rendu compte que les
abeilles étaient habituées aux nombreux dérangements de l’ours car nous nous
sommes fait cueillir par une volée d'abeilles très agressives.
Comme me l'expliquait ce collègue, l'ours détruit la clôture puis fait
rouler les ruches une par une par terre pour les ouvrir, mais comme chaque
ruche est entourée d'un feuillard métallique, il n'y arrive pas. Je te
laisse imaginer l'excitation des abeilles. » Pierre Faure, Apiculteur au
Canada www.frenchbeefarm.com
Les aides
Afin d’aider les apiculteurs à protéger leurs ruchers, des mesures ont été
mises en place. Elles correspondent au financement de l’achat de clôtures
électriques fixes ou mobiles, et de leur installation ainsi que le soutien à
leur utilisation annuelle. Les techniciens pastoraux itinérants de l’équipe
technique ours peuvent fournir un appui technique pour le choix de ces
clôtures.
A la suite des attaques de l’année 2000, le nombre de clôtures achetées pour
protéger les ruchers a fortement augmenté en 2001. Leur utilisation se fait
par les apiculteurs pour la plupart, sans soutien financier.
Les indemnisations
L’indemnisation des ruchers endommagés par l’ours est également financée
selon un tarif révisé annuellement et calqué sur les prix du marché du miel.
Prévention des
dommages aux ruchers
« Des dégâts ont été constatés sur certains ruchers protégés par clôture. Une amélioration du dispositif technique sera travaillée par les techniciens en collaboration avec les professionnels apicoles. Une réflexion pourra être menée également pour le développement de nouvelles modalités de protection. Il a été évoqué, dans le cadre du déroulement de la concertation, la piste de ruchers non transhumants construits en dur. » Ministère de l’environnement |
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Chez nos collègues
La Turquie qui abrite une population d’environ 3 000 ours bruns vient d’en
autoriser la chasse avec un quota bien défini. Les apiculteurs sont souvent
amenés à placer les ruches sur des plates-formes d’une hauteur de 3 m.
Le Canada est certainement le pays le plus touché par les attaques dues aux
ours. La province très apicole qu’est le Manitoba estime sa population à 30
000 ours noirs. L’utilisation de clôtures électriques est pratique courante.
Protégés par leur épaisse fourrure, les jeunes attirés par l’odeur du miel,
franchisent souvent les protections. Les gardes de l’environnement placent
des pièges afin de les déplacer( photo 4) . Malgré cela, chaque année, 100 à
150 individus particulièrement attirés par les ruches sont tués.
Les États-Unis sont dans une moindre mesure également touchés. Nos collègues
de l’État de Caroline du Nord estiment la perte de leur revenu annuel de
6.64% à 12.57% suivant les années. Ils observent la plupart des attaques
juste à la sortie de l’hiver, et dans une moindre mesure en automne.
Témoignage
« Notre petit village est situé à quelques km de la frontière Tchétchène.
Mon rucher d’une trentaine de colonies se trouve dans le verger non loin de
la maison. De temps en temps, une ruche disparaissait sans laisser de
traces. Avec les gens du village, nous avons tout de suite pensé à un voleur
de passage franchisant la frontière. Une nuit de pleine lune, je décide de
surveiller avec ma kalachnikov. Première nuit, rien. La deuxième nuit quelle
ne fut pas ma surprise de voir arriver prudemment un ours visiblement âgé.
Je n’ai pas compris tout de suite sa présence ici, car habituellement, ils
ne viennent pas aussi près des habitations, et s’ils attaquent il y a des
débris de ruches détruites partout. J’allais de surprises en surprises quand
je le vis saisir à bras le corps une de mes ruches 10 cadres ; exactement
comme lorsque je transhume. Ma curiosité l’emporta sur mon instinct de
chasseur, j’attendais. L’ours se dirigea tout droit vers la rivière, fit
basculer la toiture et immergea tout le corps de ruche dans l’eau glaciale,
la patte bien appliquée sur la ruche pour contrer la force du courrant
courant. 2 à 3 mn après, il l’emmena sur l’autre rive et commença à sortir
les cadres un à un et dévora le couvain sous mes yeux. » Valery Shatili apiculteur géorgien.
L'apiculteur de demain devra s'adapter et apprendre à cohabiter avec le premier occupant des lieux : l'ours. Les autorités devront être compréhensives envers les apiculteurs qui, en transhumant leurs abeilles dans ces zones difficiles, contribuent par la pollinisation à la fructification de toutes les plantes à baies une des principales source de nourriture pour l'ours.
Pour en savoir plus :
www.ours.ecologie.gouv.fr
Camara Jean Jacques.1989, L’ours brun édition Hatier
Kandemir Irfan, 2007, Bees and Bears. American bee journal
gilles.fert@wanadoo.fr
www.apiculture.com/fert
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