Une petite visite chez  

La famille Macle a commencé petit, tout petit il y a vingt-six ans avec une quinzaine de ruches. Aujourd'hui, ils en possèdent 2000 et emploient 29 personnes en pleine saison (et entre 12 et 15 personnes en hiver). La clef de leur succès réside sûrement dans la diversification qu'ils ont opéré. Ils récoltent et vendent au détail leur miel, comme de très nombreux apiculteurs québécois (ce qui fait grogner les emballeurs de miel, qui ne trouvent plus à se fournir en miel en gros au Canada), mais ils ne font pas que ça et la liste de leurs activités est longue.

Ils organisent des ateliers éducatifs pour les enfants. Lorsque je suis passée les voir, ils venaient de recevoir 225 enfants! Ils possèdent un théatre de marionnettes, ont installé une ruche vitrée qui permet d'admirer les abeilles en tout temps sans danger, font réaliser des dessins, etc. Une bonne façon de sensibiliser les jeunes à l'utilité de l'abeille...
un dessin affiché sur le mur de l'atelier
Intermiel produit non seulement du miel, mais aussi de l'hydromel, des produits de beauté à base de produits de la ruche, du pollen, de la gelée royale, des bougies, de la propolis, des jouets sur le thème de l'abeille et du miel, etc. L'hydromel et la propolis sont des productions assez récentes dans la région, même si l'art en est ancien.

Cuves à hydromel chez Intermiel

L'hydromel est un alcool titrant entre 9 et 14% qui est produit à partir d'un mélange d'eau, de miel et de levures de fruit. Des études québécoises ont montré qu'il n'est pas rentable d'en produire moins de 10000 bouteilles par an car les investissements sont importants (Intermiel en produit 35000 et emploie un chimiste oenologue), aussi cette production est-elle réservée à des exploitations d'une certaine taille.

Quant à la propolis, c'est un produit étonnant. Les abeilles la fabriquent à partir de résines, d'huiles volatiles et de substances diverses collectées sur certains arbres (peuplier, bouleau, orme, pin, etc.) Elle sert à colmater les brèches et à vernir les parois de la ruche, agissant comme agent anti-microbien et peut-être comme barrière retenant l'humidité. Plus étonnant, les abeilles s'en servent pour embaumer les objets trop gros pour être déplacés hors de la ruche, comme par exemple une souris qui s'y serait introduite et aurait été tuée sur place par les abeilles. La propolis est utilisée dans la médecine traditionnelle depuis Aristote! Elle est employée contre les maux de gorge, les problèmes de peau, les brûlures, les blessures, etc. et a même sérieusement attiré l'attention de la communauté scientifique au Japon dans la lutte anti-cancer (Apis, nov. 1997). Le problème essentiel des apiculteurs restant de parvenir à obtenir une qualité constante dans ce produit très changeant qui est beaucoup plus que le miel susceptible d'être contaminé par des polluants divers (métaux lourds, pesticides, etc.) Cela dit, la propolis, même contaminée, ne constitue pas un danger pour la santé, les quantités que nous pourrions en consommer étant relativement faibles (C. Fléché, M.-C. Clément, S. Zeggane et J.-P. Faucon, «Contamination des produits de la ruche et risques pour la santé humaine: situation en France», Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 1997, 16(2), p. 609-619).

Bien sûr, l'activité essentielle reste la production et la vente au détail de miels de diverses origines florale (sarrasin, bleuets, fraise, trèfle, luzerne, etc.) Ce miel est en grande partie produit lors de l'installation des abeilles chez les agriculteurs. D'ailleurs, lorsque j'ai rencontré Mme Macle, un énorme camion venait de partir pour le lac Saint-Jean, chargé de près de 800 ruches. Leurs abeilles allaient avoir pour tâche de polliniser les fleurs de bleuets pour assurer une bonne récolte. Malheureusement, si les abeilles se sont régalées (on n'avait jamais vu autant de fleurs là-bas), deux nuits de gels ont anéanti 75% de la récolte après leur passage... La pollinisation constitue une activité essentielle pour l'apiculteur (elle lui rapporte peu en tant que telle, mais la vente du miel est évidemment une retombée non négligeable!) et pour l'agriculteur, ainsi que le montrent les résultats du Colloque sur la pollinisation qui s'est tenu en février 1998 («De la fleur aux profits», publications du CPVQ)

Sans la pollinisation par les abeilles, chacune de ces cultures serait moins productive...
Note: la «mise à fruits» est le pourcentage de fruits matures prêts à être récoltés sur un nombre de fleurs initial.

Les bleuets dépendent à plus de 85% des abeilles comme vecteur pollinique pour assurer la mise à fruits de leurs fleurs.» (P. Aras) Mais il faut une grande densité d'abeilles pour assurer un rendement optimal et cette concentration réduit la source de nourriture de chaque abeille et diminue les quantités de miel obtenue...

Grâce à la pollinisation par les abeilles, les concombres sont plus droits... (D. Gingras) Pas de Viagra pour les concombres!

Les pommes des arbres bien pollinisés perdent moins de poids et restent plus fermes lors de leur entreposage (E. Houle). Sur l'Ile d'Orléans, une densité de 6 ruches à l'hectare fait augmenter la mise à fruits de 26% (J. Marceau)

La contribution de l'abeille domestique à la pollinisation du fraisier, selon les études en cages, varie entre 18 et 26% (cité par Ch. Vincent).

Au Canada en 1990 et 1991, la pollinisation du canola a fait augmenter le rendement en graines, cela correspondait à une valeur monétaire supplémentaire de 150 millions de dollars ou 18% au producteur de semences.» (P. Ayotte)

La pollinisation par les abeilles procure jusqu'à 500 millions de dollars de revenus à l'agriculture canadienne chaque année.
source: Agriculture et Agroalimentaire Canada

Outre la récolte et l'emballage du miel récolté par leurs abeilles, les Macle achètent du miel d'autres producteurs (aux États-Unis, ailleurs au Canada et au Québec) qui porte également l'étiquette de leur miellerie. Cela permet de ne jamais manquer de miel pour les visiteurs de la miellerie, mais cela peut prêter à confusion. Le consommateur qui visite l'entreprise (ce que tout le monde peut faire, tous les jours de la semaine) voit les ruches, fait la visite guidée et repart avec son pot de miel sans songer qu'il vient peut-être d'acheter du miel n'ayant pas été produit par les abeilles Intermiel...
La mise en pots du miel

Bien entendu, le miel acheté à d'autres producteur est certainement contrôlé (Intermiel engage son étiquette sur sa qualité) mais il serait peut-être préférable, pour que les choses soient très claires dans l'esprit du consommateur, de séparer les produits en deux étiquettes: «Intermiel production» et «Intermiel sélection», par exemple. Très subjectivement, je fais plus confiance à un produit dont j'ai vu la «chaîne de production» (!) qu'à un produit acheté en gros à l'extérieur qui a juste été conditionné. C'est sûrement l'influence de tout ce que je sais sur le scandale qui secoue le monde du miel en Europe et qui pourrait bien atteindre le Canada en jetant des doutes sur la réputation de la profession entière et des producteurs honnêtes si l'on n'agit pas...


En bref: Intermiel constitue un bon exemple de l'apiculture du futur au Québec. Très diversifiée, vendant ses produits au détail, possédant de nombreuses ruches, partenaire des agriculteurs, l'entreprise se donne ainsi les moyens de faire face aux coûts indirects engendrés par le varroa. Mais pour que cette aventure suscite des vocations, il faut un soutien technique et financier et des formations adaptées aux nouvelles réalités de l'apiculture. C'est ce à quoi travaillent, jour après jour, tous les acteurs de cette profession au Québec. Pour plus d'informations, consultez la page de la filière apicole (ministère de l'Agriculture et des Pêcheries du Québec).

Intermiel se situe dans la région de Mirabel. On peut en savoir plus sur leurs produits en visitant leur site.

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