|
|
|
|
Si
vous êtes fidèle lecteur de La Santé de l’Abeille, vous avez certainement lu
qu’Yves Layec dans le n° 222, p. 331, fait mention des souches « Primorsky »
censées présenter des caractères d’adaptation au varroa. Vous avez certainement
aussi lu dans le n° 225 cet article sur les abeilles VSH dans lequel il est
mentionné que les abeilles russes ont la réputation de mieux résister au varroa
que leurs cousines italiennes.
Une équipe de chercheurs Thomas E. RINDERER, Lilia I. DE GUZMAN, G. T. DELATTE,
J. A. STELZER, L. BEAMAN, R. WATTS et J. W. HARRIS du Honey Bee Breeding,
Genetics and Physiology Laboratory à Baton Rouge, USA, V. A. LANCASTER de
Neptune & Company, Inc. à Los Alamos, USA et V. KUZNETSOV de Institute of
Biology and Pedology, Far East Branch of the Russian Academy of Sciences,
Vladivostok, Russie a fait des comparaisons de résistance aux varroas entre ces
abeilles dites « Primorsky » du nom de la province de l’est de la Russie dont
elles sont originaires et les abeilles italiennes communément utilisées aux
états-Unis.
Voici le résumé de cette étude qui
date de février 2001 tiré de Apidologie (Apidologie 32 (2001) 381–394 381 ©
INRA/DIB-AGIB/EDP Sciences, 2001).
En
Asie V. destructor est un parasite anodin d’Apis cerana. Cet acarien est passé
de l’abeille asiatique à l’abeille européenne A. mellifera ; il s’est répandu
rapidement et infeste maintenant la majeure partie des colonies d’A. mellifera,
causant un énorme préjudice à l’apiculture.
La Russie extrême orientale (Primorsky), où les colons ont apporté Apis
mellifera au milieu du XIXe siècle, constitue une source éventuelle de
résistance à V. destructor.
Nous avons importé certaines de ces abeilles aux États-Unis, où les tests ont
montré qu’elles convenaient pour le commerce. Au cours d’une série d’expériences
nous avons comparé des colonies de Primorsky (P) et des colonies locales (D) et
déterminé :
|
|
la résistance comparative, |
|
|
que la résistance avait une base génétique, |
|
|
et certains mécanismes possibles de résistance. |
Des reines sœurs issues de colonies P ont été élevées, fécondées sur une île et enruchées avec 305 ± 32 acariens V. destructor adultes. De la même façon des reines sœurs issues de colonies D ont été enruchées avec 223 ± 18 acariens. Nous avons évalué les populations d’acariens en comptant les acariens dans le couvain d’ouvrières, le couvain de mâles et sur les adultes et en estimant les surfaces de couvain operculé et le nombre d’abeilles. Nous avons récolté périodiquement les acariens tombés sur le fond de la ruche et cherché des indices de toilettage.
|
Fig. 1 - Les barres noires donnent les nombres moyens de varroas femelles adultes chez les Primorsky ; les barres blanches les donnent pour les locales |
En 1998, les populations d’acariens sont restées généralement
faibles. Pourtant, en novembre, les colonies P avaient moins d’acariens (fig.
1).
En 1999, les populations d’acariens dans les colonies D ont augmenté de façon
exponentielle (fig. 1). En mai, elles atteignaient environ 10 000 et sept des
colonies D sont mortes de varroose. À la fin de juillet, 18 colonies D sont
mortes de varroose et quatre autres ont été perdues pour d’autres raisons. La
croissance des populations d’acariens dans les colonies P a été fortement
restreinte (fig. 1). Au cours de chaque mois de 1999, le nombre d’acariens dans
les colonies P était nettement inférieur à celui des colonies D, où il
atteignait environ 4 000. À partir de juillet, le nombre moyen d’acariens a
montré une tendance à la décroissance pour atteindre 400 en novembre. À la fin
de juillet, trois colonies P étaient mortes de varroose.
Les différences dans les populations d’acariens et la longévité des colonies
sont des preuves de l’existence de différences génétiques dans la résistance à
V. destructor. La résistance est héritée puisque :
|
|
les reines P étaient des sœurs de reines qui présentaient un phénotype semblable, |
|
|
le test comparatif a été fait dans le même environnement. |
Les différences dans la résistance ne proviennent pas de
différences dans la quantité de couvain d’ouvrières, d’abeilles adultes ni dans
les rapports couvain/adultes et existent bien que les colonies P aient eu
beaucoup plus de couvain de mâles. Les colonies P ont eu moins d’acariens qui
ont infesté le couvain d’ouvrières et plus d’acariens sur les abeilles adultes.
Ceci peut réduire la reproduction, la durée de vie et accroître la vulnérabilité
au toilettage. Dans les colonies P un plus grand nombre d’acariens tombés
présentait des lésions dues au toilettage (P = 42 %, D = 28 %). Le nombre moyen
d’acariens femelles matures dans les cellules d’ouvrières infestées des colonies
P était plus faible (P = 1,53 ; D = 1,87) ; ce qui suggère que le taux de
reproduction de V. destructor peut être inférieur dans le couvain d’ouvrières
des colonies P. De même, on a trouvé un plus grand pourcentage d’acariens dans
les colonies P infestant le couvain de mâles (fig. 2). Mais le nombre d’acariens
par cellule de mâle infestée dans les colonies P était plus petit (P = 1,53 ; D
= 1,87), suggérant que la reproduction de l’acarien peut aussi être plus faible
sur le couvain de mâles des colonies P. Au total les abeilles P semblent avoir
plusieurs mécanismes de résistance qui agissent de concert. Elles offrent donc
des possibilités de produire des lignées utilisables commercialement qui
présentent une résistance à V. destructor.
Une autre équipe (dont certains membres étaient aussi de la précédente : L. I.
de Guzman (&), T. E. Rinderer, A. M. Frake USDA/ARS, de Honey Bee Breeding,
Genetics and Physiology Laboratory, à Baton Rouge, Etats-Unis) est allée plus
dans le détail en étudiant l’influence de l’âge des cires du couvain sur le
développement des varroas. Cette étude confirme les résultats des travaux
précédents qui donnent un avantage certain à l’abeille Primorsky sur l’abeille
italienne.
Elle a été publiée le 8 avril 2008, en voici le résumé proposé par les auteurs
(traduit par Michel Gilles).
Des études précédentes ont montré que l’abeille russe tolère une augmentation
faible de la population de varroas. Nous avons étudié l’influence de la cire sur
le développement des varroas aussi bien chez les abeilles russes que chez les
italiennes ainsi que l’influence des alvéoles produites par les abeilles russes
sur l’inhibition de la reproduction des varroas. Les différences majeures
trouvées dans cette étude sont liées au type d’abeilles. Globalement, le niveau
d’infestation des abeilles russes (2,44 ± 0,18 %) est plus bas que celui des
abeilles italiennes (7,20 ± 0,60 %) (voir fig. 2).
|
Fig. 2 - Le taux moyen d’infestation du couvain d’ouvrière a été mesuré dans les colonies russes et italiennes au cours de 4 cycles de couvain. Les colonnes de droite donnent la moyenne de ces valeurs. Au total 60 249 cellules d’abeilles italiennes et 64 853 d’abeilles russes ont été examinées. |
Ce niveau inférieur d’infestation résulte en partie du nombre réduit de naissance de femelles viables par fondatrice chez les russes (0,85 ± 0,04 femelle) contre (1,23 ± 0,04 femelle) chez les italiennes. à cela, il faut ajouter que les cires des abeilles russes ont une influence sur cette réduction. En comparant les cires d’origine des abeilles russes ou des abeilles italiennes, nous avons constaté que les abeilles russes avaient plus de fondatrices incapables de reproduction et moins de naissances de femelles viables dans les alvéoles construites par les russes. Cette différence n’a pas été constatée avec les abeilles italiennes.
Dans cette étude, l’âge des cires a des effets divers. Les vieilles cires produisent une réponse similaire pour 6 des 7 paramètres d’infestation du varroa mesurés. Les colonies italiennes, avaient moins (1,13 ± 0,07 femelle) de femelles viables dans les vielles cires (de 2001, foncées) que dans les nouvelles de 2002 (1,21 ± 0,06 femelle) ou que dans des nouvelles des années 80 (1,36 ± 0,08 femelle). Cette différence n’a pas été remarquée avec les abeilles russes chez lesquelles le nombre de naissances de femelles viables était bas quel que soit le type de cire. Cette étude suggère que c’est surtout la race des abeilles qui a de l’influence sur la croissance de la population des varroas dans une colonie d’abeilles.
Avec l'aimable autorisation de la revue
![]() |
|
|
| Réalisation : Gilles RATIA APISERVICES - Copyright © 1995-2008 |
Haut de la page |