La Santé
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l'Abeille

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Souvenir actuel ou l’art de répéter

par Jean-Paul Faucon

En 1991, avec le concours de la Communauté économique Européenne, La Santé de l’Abeille éditait un numéro spécial n° 126 bis intitulé La Varroase. Le directeur de la revue à cette époque était Fernand PINEAU, Président du GDSA du Maine-et-Loire.

Participaient à ce numéro dans leurs fonctions de l’époque : G. Arnold (INRA), R. Borneck (ITAPI), M. Dubus (DGAl), J.-P. Faucon (CNEVA-LPPRA), F. Pineau (FNOSAD), Jean Vaillant (FNOSAD).

Plusieurs parties d'article toujours d’actualité sont reproduites ci-dessous -  à lire attentivement, car on y trouve l’explication de certaines mortalités actuelles. Notons que la varroase est actuellement présente depuis 25 ans.

Avec l'aimable autorisation de la revue "La Santé de l'Abeille"


Extrait du N° spécial 126 bis de La Santé de l’Abeille paru en décembre 1991.

punaise.gif (183 octets)La varroase : bientôt dix ans […] Conséquences sur le cheptel apicole

Le développement de la varroase dans l’ensemble des départements français a, dans un premier temps, été marqué par peu ou aucune conséquence. Ce qui, dans le Sud-Est, a même contribué à un relâchement de la vigilance chez certains. Il y avait du Varroa, mais tout semblait aller bien. De nombreux articles dans les revues informaient les apiculteurs. Ils leur indiquaient, entre autres, que, durant la première année, et même les trois premières années, à plus forte raison si un traitement en période hivernale avait été effectué, aucune anomalie ou mortalité n’était constatée. On parlait d’un temps de latence durant lequel la population de Varroa augmentait lentement jusqu’à rupture de l’équilibre.

En fait, la réalité sur le terrain fut tout autre, et malgré les traitements appliqués en respectant la posologie et la méthodologie préconisées, de nombreuses colonies s’effondrèrent. Le phénomène fut très net dans la région du Sud-Est. Les faits constatés furent les suivants :

puce population normale, couvain normal, au mois d’août, juste après la récolte ;
puce dépopulation importante quinze jours plus tard ;
puce abeilles traînantes dont le comportement rappelait celui de l’acariose ;
puce symptômes au niveau du couvain rappelant ceux des loques.

Les pertes de colonies furent très élevées. L’enquête écopathologique conduite à cette époque les estima pour les ruchers suivis dans cette région à 70 %.
En même temps que la pression du parasite exacerbait, une augmentation de la pathologie classique était enregistrée. Il était constaté :

puce Un développement important de loque américaine et de loque européenne (augmentation de 50 % des diagnostics de loque américaine et de 30 % de ceux de loque européenne). Plusieurs hypothèses sont avancées pour l’expliquer : un affaiblissement des colonies dû au Varroa, une sensibilisation des colonies à cause de l’utilisation des produits toxiques de traitements, un manque de vigilance des apiculteurs vis-à-vis des maladies bactériennes.
puce Un développement de 15 % du couvain sacciforme.
puce L’apparition du virus de la paralysie aiguë.

Présent dans les colonies, il n’avait jusqu’à présent aucun rôle pathogène. Il fut pour partie la cause de ces mortalités. Le diagnostic mis au point au L.P.P.R.A. montre qu’à partir du moment où des traitements efficaces étaient employés contre la varroase, son impact était minimisé (5 % des diagnostics).

punaise.gif (183 octets)Lutte

La lutte contre la varroase commencée dès l’apparition du premier foyer d’infestation, a été basée sur l’utilisation de l’amitraze. Les premiers essais ont été effectués par aérosol avec les appareils nébulisateurs de type Edar ou Phagogène. De nombreuses expériences conduites par le L.P.P.R.A. ont permis d’optimiser ces méthodes de traitement, où la dose, le fonctionnement de l’appareil, le chauffage, les températures externes avaient une grande influence sur l’efficacité. Dans les premiers temps, la lutte fut efficace, particulièrement dans le Nord de la France qui bénéficie d’un blocage de ponte plus franc que dans le Sud.

Mais la difficulté d’emploi de ces méthodes et leur coût ont rapidement amené les apiculteurs à rechercher des moyens plus faciles et plus rentables. C’est ainsi que le CETA du Var a mis au point la méthode de traitement “à froid ou par évaporation”. Testée par notre laboratoire, en comparaison des autres méthodes, elle s’est révélée tout aussi valable, mais avec un avantage incontestable ; elle a permis l'utilisation du traitement par tous les apiculteurs en les rendant autonomes, et pour un prix modique.

La difficulté de ces premiers traitements, appelés traitements ponctuels, car ils n’éliminent que les varroas des abeilles adultes et ne protègent pas des recontaminations, résidait dans le fait qu’ils doivent être effectués sans couvain. Peu de ruches sont sans couvain, soit à cause de :

puce leur biologie propre ;
puce leur situation géographique ;
puce la présence de Varroa qui, en perturbant la colonie, augmente sa température et déclenche la ponte de la reine.

Ces traitements étaient donc de fait peu efficaces, particulièrement dans les régions du Sud de la France où l’on constate la présence quasi permanente du couvain. Aussi a-t-on très rapidement, mais d’une façon erronée, parlé de résistance, non pas à cause d’une éventuelle accoutumance du parasite vis-à-vis de l’amitraze, mais à cause de la présence du couvain. Plusieurs expériences ont conclu à la permanence de l’efficacité et au rôle de piège dévolu au couvain. Il y avait autorecontamination de la colonie. L’augmentation croissante du seuil d’infestation amena les désordres déjà décrits, et obligea les apiculteurs à multiplier les applications. Certains allaient jusqu’à dix traitements par an sans que le problème soit résolu pour autant.

La seconde possibilité de traitements, dits “traitements à libération lente”, s’est révélée beaucoup plus efficace. En effet, ici les Varroas sont tués lorsqu’ils sortent du couvain en même temps que l’abeille. Le traitement utilisé actuellement est l’Apistan, dont la molécule active est le fluvalinate. Testé par l’ITAPI, son application s’est généralisée, et si ce n’était son coût trop élevé dans le contexte apicole actuel, il serait unanimement adopté par les apiculteurs. Pour pallier à cet inconvénient, certains apiculteurs n’utilisent qu’un seul insert, d’autres les réutilisent trois fois, ou “bricolent” à partir du Klartan, cette dernière solution étant des plus contestables.

punaise.gif (183 octets)Le point en octobre 1991

à l’heure actuelle, compte tenu de l’utilisation des traitements à libération lente, la varroase paraît maîtrisée dans la mesure où l’on traite par les moyens reconnus comme les meilleurs. En 1991, des pertes importantes de colonies que l’on peut attribuer à un défaut de traitement lié à des facteurs climatiques exacerbés, ont encore été observées dans le Nord de la France.

Des dépistages effectués en juin-juillet dans le Var et les Alpes-Maritimes, ont montré des seuils d’infestation très faibles variant de 0 à 7 parasites. Il semble donc que la bataille soit gagnée.

D’autres dépistages effectués en août sur le plateau de Valensole, lors de la miellée de lavandin, ont montré, pour certaines colonies, un seuil d’infestation plus élevé atteignant 250 Varroas.

L’apiculteur vit donc actuellement avec varroa. Celui-ci n’a que peu d’influence sur le développement des colonies, mais cet état de fait est dû aux traitements réguliers réalisés. L’arrêt de ceux-ci serait un nouveau point de départ de la parasitose, à cet effet, il est significatif de constater que, dans des régions où les traitements ne sont pas réalisés régulièrement ou effectués avec des méthodes ponctuelles mal maîtrisées, les problèmes liés à la varroase sont présents.

punaise.gif (183 octets)Traitements et résidus

La multiplication des applications, que ce soit d’amitraze ou de fluvalinate, a obligé à être vigilant quant à la qualité du miel et à l’éventuelle toxicité qui pourrait apparaître vis-à-vis des colonies.
L’amitraze étant plus ou moins abandonnée, nous n’y reviendrons pas.
En ce qui concerne le fluvalinate, différents points méritent d’être connus :

puce Le produit actif se fixe dans la cire, comme l’ont démontré différentes expérimentations et n’est pas dégradé lors de la fabrication des cires gaufrées. Les apiculteurs équipent donc leurs colonies avec des cires imprégnées de fluvalinate (voir chapitre “Les résidus”). Un effet cumulatif d’une année sur l’autre est relevé. à long terme, quelles conséquences cela peut-il avoir sur la qualité du miel et une éventuelle toxicité vis-à-vis de l’abeille n’est-elle pas à craindre ?
puce Le fluvalinate est non toxique pour les abeilles. Une toxicité aiguë est exclue, d’autant plus que les abeilles se renouvellent périodiquement. Le problème de la reine qui assure la pérennité de la colonie, est différent. Des changements de reines plus fréquents (supersédures) sont notés ces dernières années.
puce En ce qui concerne le miel, les taux de résidus enregistrés jusqu’à présent ont toujours été nuls ou extrêmement faibles. Des sondages effectués sur la récolte 1991 donnent les résultats suivants : miel, taux de résidus nul, cire = 4,94 mg/kg.

punaise.gif (183 octets)Formation

Un des traits les plus frappants de cette période varroase est la difficulté de faire passer l’information dans les milieux apicoles ; de nombreux apiculteurs isolés dans leur région restent non informés. Pourtant tout a été fait pour préparer chacun à subir au mieux le choc de la parasitose :

puce Cours supérieur au L.P.P.R.A. formant les assistants sanitaires.
puce Cours itinérants formant les spécialistes apicoles dans trois départements différents chaque année.
puce Cours dans les centres de formation.
puce Conférences dans les GDS apicoles.
puce Cycle spécial de formation de formateurs destinés à porter les éléments de base aux apiculteurs isolés (financés par la Communauté européenne).
puce Articles divers et nombreux dans les revues apicoles.

Malgré cela, l’information n’a été reçue que par une partie des apiculteurs, une autre partie, diminuant avec le temps, refusent encore ces données. Des “intouchables” sont toujours présents. Ils continuent à jouer avec les bricolages, les doses, ou à traiter le moins possible, voire pas du tout. Cela a entraîné la perte de leurs colonies, mais aussi la contamination des autres. L’information sanitaire apicole semble à l’heure actuelle une redite permanente. Mais elle reste indiscutablement un élément essentiel de la lutte contre la varroase et contre l’ensemble des maladies.

punaise.gif (183 octets)Conclusion

La bataille contre la varroase n’est pas définitivement gagnée. D’autres méthodes de lutte doivent prendre le relais des méthodes actuelles. Mais la bataille passe aussi : par une entente entre les apiculteurs, qui doivent tous traiter avec la meilleure méthode, par une connaissance toujours plus grande des techniques.

L'apiculteur de 1991, confronté à la varroase, à des difficultés de production dues aux conditions météorologiques, et au problème crucial posé par les traitements phytosanitaires, n’est plus simplement un “poseur de hausse” qui attend la récolte. L’apiculteur de 1991 doit être un parfait technicien connaissant la biologie, la pathologie, la prophylaxie et l’élevage.
Ces années de varroase ont confirmé, si besoin était, que l’apiculture n’est pas un élevage exact dans le sens où on l’entend généralement. De nombreux facteurs interfèrent sur cet insecte semi-domestiqué, étroitement lié à l’évolution et aux aléas de notre environnement.

Aussi faut-il se garder des interprétations hâtives, sans fondement scientifique, qui entraînent les apiculteurs à prendre des mesures non adaptées. Celles-ci n’améliorent pas l’état des colonies et peuvent contribuer à pérenniser les désordres observés.

Traitement de la varroase - Extrait du N° spécial 126 bis de La Santé de l’Abeille paru en décembre 1991 - J-P Faucon et F Pineau

punaise.gif (183 octets)Principe de base

Ce principe conditionne l’efficacité de la méthode de traitement retenue.

punaise.gif (183 octets)Méthode à effet ponctuel

Il s’agit des premiers médicaments apparus sur le marché : Folbex VA, Antivarroa-Scherring, Perizin.

Ces produits n’agissent que les 24-48 h suivant l’application. Les varroas se trouvant à ce moment-là dans les cellules de couvain operculé, ne seront pas atteints. Ceci limite l’efficacité particulièrement en présence de couvain.

punaise.gif (183 octets)Méthode à libération lente

Il s’agit de la dernière génération de médicaments acaricides : lanières Apistan. La libération lente du médicament au cours de la durée d’application de 6-8 semaines va permettre d’atteindre les varroas au fur et à mesure de leur sortie du couvain, ainsi que ceux sur abeille adulte. Ceci confrère un renforcement de l’efficacité du traitement.

Produits actifs et spécialités commerciales les plus utilisés actuellement : (Par actuellement il faut entendre en 1991. Les médicaments cités ci-après ne sont plus obligatoirement en vente).

puce Amitraze (ND Anti-Varroa Scherring, MEDICAVET, ZA le Clos Ry, 1 rue Louis Pasteur, 58 000 SERMOISE)
puce Fluvalinate (ND Apistan, Laboratoire ZOECON, 62-70, rue Yvan Tourgueneuf, 78 380 BOUGIVAL).

punaise.gif (183 octets)Utilisation

Pour l’Anti-Varroa Scherring

puce Méthode par aérosol (voir tableau ci-après)
puce Méthode dite par évaporation ou à froid (méthode n’ayant pas d’A.M.M.) : étaler au pinceau 0,5 ml d’antivarroa sur un lange graissé, deux applications à quatre jours d’intervalle, sans couvain.

Envisager une troisième application si les températures extérieures sont basses.

Pour l’ApistanND

puce Disposer deux inserts par colonie, entre les cadres 3-4 et 7-8, les laisser six à huit semaines, puis les retirer. Le traitement devra être effectué le plus tôt possible en fin d’été après la dernière miellée.
puce Eventuellement, en cas de forte infestation, un second traitement, au début du printemps, est nécessaire.

De nombreux apiculteurs utilisent une seule lanière Apistan pour le traitement. L’efficacité d’après leurs constatations leur paraît identique à celle obtenue avec deux lanières. à ce propos, les remarques suivantes s’imposent :

puce Avec une lanière, la rapidité de chute est plus lente ce qui peut s’expliquer par le fait que Varroa est en présence de moins de produit actif et met plus de temps pour accumuler la dose mortelle.
puce La possibilité d’accoutumance de Varroa vis-à-vis de la molécule active est par là même fortement à craindre.

L’utilisation des lanières artisanales se perpétue dans certains départements. Il convient de rappeler une fois de plus que l’Apistan qui est un médicament vétérinaire ne contient que du fluvalinate. Le Klartan servant de base à la préparation de ces lanières artisanales est lui un produit phytosanitaire. à ce titre, il contient en plus du fluvalinate un mouillant et de l’antigel, peu compatibles avec l’hygiène alimentaire.

L’antivarroa Scherring bien que traitement ponctuel, peut encore être utilisé lorsque le blocage de ponte est effectif : régions d’altitude, remérages, essaims.

Ce traitement permet aussi une alternance des produits actifs limitant les phénomènes d’accoutumance.


Avec l'aimable autorisation de la revue

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Réalisation : Gilles RATIA
Mise à jour : 03/04/02
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