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Souvenir actuel ou
l’art de répéter En 1991, avec le concours de
la Communauté économique Européenne, La Santé de l’Abeille éditait un
numéro spécial n° 126 bis intitulé La Varroase. Le directeur de la revue
à cette époque était Fernand PINEAU, Président du GDSA du
Maine-et-Loire. Avec l'aimable autorisation de la revue "La Santé de l'Abeille" |
Extrait du N° spécial 126 bis de La Santé de l’Abeille paru en décembre 1991.
La
varroase : bientôt dix ans
[…] Conséquences
sur le cheptel apicole
Le développement de la varroase dans l’ensemble des départements français a,
dans un premier temps, été marqué par peu ou aucune conséquence. Ce qui, dans le
Sud-Est, a même contribué à un relâchement de la vigilance chez certains. Il y
avait du Varroa, mais tout semblait aller bien. De nombreux articles dans les
revues informaient les apiculteurs. Ils leur indiquaient, entre autres, que,
durant la première année, et même les trois premières années, à plus forte
raison si un traitement en période hivernale avait été effectué, aucune anomalie
ou mortalité n’était constatée. On parlait d’un temps de latence durant lequel
la population de Varroa augmentait lentement jusqu’à rupture de l’équilibre.
En fait, la réalité sur le terrain fut tout autre, et malgré les traitements appliqués en respectant la posologie et la méthodologie préconisées, de nombreuses colonies s’effondrèrent. Le phénomène fut très net dans la région du Sud-Est. Les faits constatés furent les suivants :
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population normale, couvain normal, au mois d’août, juste après la récolte ; |
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dépopulation importante quinze jours plus tard ; |
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abeilles traînantes dont le comportement rappelait celui de l’acariose ; |
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symptômes au niveau du couvain rappelant ceux des loques. |
Les pertes de colonies furent très élevées. L’enquête écopathologique
conduite à cette époque les estima pour les ruchers suivis dans cette région à
70 %.
En même temps que la pression du parasite exacerbait, une augmentation de la
pathologie classique était enregistrée. Il était constaté :
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Un développement important de loque américaine et de loque européenne (augmentation de 50 % des diagnostics de loque américaine et de 30 % de ceux de loque européenne). Plusieurs hypothèses sont avancées pour l’expliquer : un affaiblissement des colonies dû au Varroa, une sensibilisation des colonies à cause de l’utilisation des produits toxiques de traitements, un manque de vigilance des apiculteurs vis-à-vis des maladies bactériennes. |
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Un développement de 15 % du couvain sacciforme. |
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L’apparition du virus de la paralysie aiguë. |
Présent dans les colonies, il n’avait jusqu’à présent aucun rôle pathogène.
Il fut pour partie la cause de ces mortalités. Le diagnostic mis au point au
L.P.P.R.A. montre qu’à partir du moment où des traitements efficaces étaient
employés contre la varroase, son impact était minimisé (5 % des diagnostics).
Lutte
La lutte contre la varroase commencée dès l’apparition du premier foyer
d’infestation, a été basée sur l’utilisation de l’amitraze. Les premiers essais
ont été effectués par aérosol avec les appareils nébulisateurs de type Edar ou
Phagogène. De nombreuses expériences conduites par le L.P.P.R.A. ont permis
d’optimiser ces méthodes de traitement, où la dose, le fonctionnement de
l’appareil, le chauffage, les températures externes avaient une grande influence
sur l’efficacité. Dans les premiers temps, la lutte fut efficace,
particulièrement dans le Nord de la France qui bénéficie d’un blocage de ponte
plus franc que dans le Sud.
Mais la difficulté d’emploi de ces méthodes et leur coût ont rapidement amené
les apiculteurs à rechercher des moyens plus faciles et plus rentables. C’est
ainsi que le CETA du Var a mis au point la méthode de traitement “à froid ou par
évaporation”. Testée par notre laboratoire, en comparaison des autres méthodes,
elle s’est révélée tout aussi valable, mais avec un avantage incontestable ;
elle a permis l'utilisation du traitement par tous les apiculteurs en les
rendant autonomes, et pour un prix modique.
La difficulté de ces premiers traitements, appelés traitements ponctuels, car
ils n’éliminent que les varroas des abeilles adultes et ne protègent pas des
recontaminations, résidait dans le fait qu’ils doivent être effectués sans
couvain. Peu de ruches sont sans couvain, soit à cause de :
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leur biologie propre ; |
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leur situation géographique ; |
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la présence de Varroa qui, en perturbant la colonie, augmente sa température et déclenche la ponte de la reine. |
Ces traitements étaient donc de fait peu efficaces, particulièrement dans les
régions du Sud de la France où l’on constate la présence quasi permanente du
couvain. Aussi a-t-on très rapidement, mais d’une façon erronée, parlé de
résistance, non pas à cause d’une éventuelle accoutumance du parasite vis-à-vis
de l’amitraze, mais à cause de la présence du couvain. Plusieurs expériences ont
conclu à la permanence de l’efficacité et au rôle de piège dévolu au couvain. Il
y avait autorecontamination de la colonie. L’augmentation croissante du seuil
d’infestation amena les désordres déjà décrits, et obligea les apiculteurs à
multiplier les applications. Certains allaient jusqu’à dix traitements par an
sans que le problème soit résolu pour autant.
La seconde possibilité de traitements, dits “traitements à libération lente”,
s’est révélée beaucoup plus efficace. En effet, ici les Varroas sont tués
lorsqu’ils sortent du couvain en même temps que l’abeille. Le traitement utilisé
actuellement est l’Apistan, dont la molécule active est le fluvalinate. Testé
par l’ITAPI, son application s’est généralisée, et si ce n’était son coût trop
élevé dans le contexte apicole actuel, il serait unanimement adopté par les
apiculteurs. Pour pallier à cet inconvénient, certains apiculteurs n’utilisent
qu’un seul insert, d’autres les réutilisent trois fois, ou “bricolent” à partir
du Klartan, cette dernière solution étant des plus contestables.
Le
point en octobre 1991
à l’heure actuelle, compte tenu de l’utilisation des traitements à libération
lente, la varroase paraît maîtrisée dans la mesure où l’on traite par les moyens
reconnus comme les meilleurs. En 1991, des pertes importantes de colonies que
l’on peut attribuer à un défaut de traitement lié à des facteurs climatiques
exacerbés, ont encore été observées dans le Nord de la France.
Des dépistages effectués en juin-juillet dans le Var et les Alpes-Maritimes, ont
montré des seuils d’infestation très faibles variant de 0 à 7 parasites. Il
semble donc que la bataille soit gagnée.
D’autres dépistages effectués en août sur le plateau de Valensole, lors de la
miellée de lavandin, ont montré, pour certaines colonies, un seuil d’infestation
plus élevé atteignant 250 Varroas.
L’apiculteur vit donc actuellement avec varroa. Celui-ci n’a que peu d’influence
sur le développement des colonies, mais cet état de fait est dû aux traitements
réguliers réalisés. L’arrêt de ceux-ci serait un nouveau point de départ de la
parasitose, à cet effet, il est significatif de constater que, dans des régions
où les traitements ne sont pas réalisés régulièrement ou effectués avec des
méthodes ponctuelles mal maîtrisées, les problèmes liés à la varroase sont
présents.
Traitements
et résidus
La multiplication des applications, que ce soit d’amitraze ou de fluvalinate,
a obligé à être vigilant quant à la qualité du miel et à l’éventuelle toxicité
qui pourrait apparaître vis-à-vis des colonies.
L’amitraze étant plus ou moins abandonnée, nous n’y reviendrons pas.
En ce qui concerne le fluvalinate, différents points méritent d’être connus :
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Le produit actif se fixe dans la cire, comme l’ont démontré différentes expérimentations et n’est pas dégradé lors de la fabrication des cires gaufrées. Les apiculteurs équipent donc leurs colonies avec des cires imprégnées de fluvalinate (voir chapitre “Les résidus”). Un effet cumulatif d’une année sur l’autre est relevé. à long terme, quelles conséquences cela peut-il avoir sur la qualité du miel et une éventuelle toxicité vis-à-vis de l’abeille n’est-elle pas à craindre ? |
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Le fluvalinate est non toxique pour les abeilles. Une toxicité aiguë est exclue, d’autant plus que les abeilles se renouvellent périodiquement. Le problème de la reine qui assure la pérennité de la colonie, est différent. Des changements de reines plus fréquents (supersédures) sont notés ces dernières années. |
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En ce qui concerne le miel, les taux de résidus enregistrés jusqu’à présent ont toujours été nuls ou extrêmement faibles. Des sondages effectués sur la récolte 1991 donnent les résultats suivants : miel, taux de résidus nul, cire = 4,94 mg/kg. |
Formation
Un des traits les plus frappants de cette période varroase est la difficulté de faire passer l’information dans les milieux apicoles ; de nombreux apiculteurs isolés dans leur région restent non informés. Pourtant tout a été fait pour préparer chacun à subir au mieux le choc de la parasitose :
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Cours supérieur au L.P.P.R.A. formant les assistants sanitaires. |
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Cours itinérants formant les spécialistes apicoles dans trois départements différents chaque année. |
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Cours dans les centres de formation. |
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Conférences dans les GDS apicoles. |
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Cycle spécial de formation de formateurs destinés à porter les éléments de base aux apiculteurs isolés (financés par la Communauté européenne). |
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Articles divers et nombreux dans les revues apicoles. |
Malgré cela, l’information n’a été reçue que par une partie des apiculteurs,
une autre partie, diminuant avec le temps, refusent encore ces données. Des
“intouchables” sont toujours présents. Ils continuent à jouer avec les
bricolages, les doses, ou à traiter le moins possible, voire pas du tout. Cela a
entraîné la perte de leurs colonies, mais aussi la contamination des autres.
L’information sanitaire apicole semble à l’heure actuelle une redite permanente.
Mais elle reste indiscutablement un élément essentiel de la lutte contre la
varroase et contre l’ensemble des maladies.
Conclusion
La bataille contre la varroase n’est pas définitivement gagnée. D’autres
méthodes de lutte doivent prendre le relais des méthodes actuelles. Mais la
bataille passe aussi : par une entente entre les apiculteurs, qui doivent tous
traiter avec la meilleure méthode, par une connaissance toujours plus grande des
techniques.
L'apiculteur de 1991, confronté à la varroase, à des difficultés de production
dues aux conditions météorologiques, et au problème crucial posé par les
traitements phytosanitaires, n’est plus simplement un “poseur de hausse” qui
attend la récolte. L’apiculteur de 1991 doit être un parfait technicien
connaissant la biologie, la pathologie, la prophylaxie et l’élevage.
Ces années de varroase ont confirmé, si besoin était, que l’apiculture n’est pas
un élevage exact dans le sens où on l’entend généralement. De nombreux facteurs
interfèrent sur cet insecte semi-domestiqué, étroitement lié à l’évolution et
aux aléas de notre environnement.
Aussi faut-il se garder des interprétations hâtives, sans fondement
scientifique, qui entraînent les apiculteurs à prendre des mesures non adaptées.
Celles-ci n’améliorent pas l’état des colonies et peuvent contribuer à
pérenniser les désordres observés.
Traitement de la varroase -
Extrait du N° spécial 126 bis de La Santé de l’Abeille paru en décembre 1991 -
J-P Faucon et F Pineau
Principe
de base
Ce principe conditionne l’efficacité de la méthode de traitement retenue.
Méthode
à effet ponctuel
Il s’agit des premiers médicaments apparus sur le marché : Folbex VA,
Antivarroa-Scherring, Perizin.
Ces produits n’agissent que les 24-48 h suivant l’application. Les varroas se
trouvant à ce moment-là dans les cellules de couvain operculé, ne seront pas
atteints. Ceci limite l’efficacité particulièrement en présence de couvain.
Méthode
à libération lente
Il s’agit de la dernière génération de médicaments acaricides : lanières
Apistan. La libération lente du médicament au cours de la durée d’application de
6-8 semaines va permettre d’atteindre les varroas au fur et à mesure de leur
sortie du couvain, ainsi que ceux sur abeille adulte. Ceci confrère un
renforcement de l’efficacité du traitement.
Produits actifs et spécialités commerciales les plus utilisés actuellement :
(Par actuellement il faut entendre en 1991. Les médicaments cités ci-après ne
sont plus obligatoirement en vente).
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Amitraze (ND Anti-Varroa Scherring, MEDICAVET, ZA le Clos Ry, 1 rue Louis Pasteur, 58 000 SERMOISE) |
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Fluvalinate (ND Apistan, Laboratoire ZOECON, 62-70, rue Yvan Tourgueneuf, 78 380 BOUGIVAL). |
Utilisation
Pour l’Anti-Varroa Scherring
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Méthode par aérosol (voir tableau ci-après) |
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Méthode dite par évaporation ou à froid (méthode n’ayant pas d’A.M.M.) : étaler au pinceau 0,5 ml d’antivarroa sur un lange graissé, deux applications à quatre jours d’intervalle, sans couvain. |
Envisager une troisième application si les températures extérieures sont
basses.
Pour l’ApistanND
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Disposer deux inserts par colonie, entre les cadres 3-4 et 7-8, les laisser six à huit semaines, puis les retirer. Le traitement devra être effectué le plus tôt possible en fin d’été après la dernière miellée. |
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Eventuellement, en cas de forte infestation, un second traitement, au début du printemps, est nécessaire. |
De nombreux apiculteurs utilisent une seule lanière Apistan pour le traitement. L’efficacité d’après leurs constatations leur paraît identique à celle obtenue avec deux lanières. à ce propos, les remarques suivantes s’imposent :
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Avec une lanière, la rapidité de chute est plus lente ce qui peut s’expliquer par le fait que Varroa est en présence de moins de produit actif et met plus de temps pour accumuler la dose mortelle. |
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La possibilité d’accoutumance de Varroa vis-à-vis de la molécule active est par là même fortement à craindre. |
L’utilisation des lanières artisanales se perpétue dans certains
départements. Il convient de rappeler une fois de plus que l’Apistan qui est un
médicament vétérinaire ne contient que du fluvalinate. Le Klartan servant de
base à la préparation de ces lanières artisanales est lui un produit
phytosanitaire. à ce titre, il contient en plus du fluvalinate un mouillant et
de l’antigel, peu compatibles avec l’hygiène alimentaire.
L’antivarroa Scherring bien que traitement ponctuel, peut encore être utilisé
lorsque le blocage de ponte est effectif : régions d’altitude, remérages,
essaims.
Ce traitement permet aussi une alternance des produits actifs limitant les
phénomènes d’accoutumance.
Avec l'aimable autorisation de la revue
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| Réalisation : Gilles RATIA Mise à jour : 03/04/02 APISERVICES - Copyright © 1995-2006 |
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