S.A.P.M.P.
Syndicat
des
des Apiculteurs
de Professionnels
de Midi
Pyrénées
Délégation Régionale Midi Pyrénées du SPMF
Réponse du Syndicat des Apiculteurs Professionnels de Midi Pyrénées à :
L’avis de la COM/TOX : séance du 21 Mai 2003,
Le communiqué de presse de la DGAL du 4 Septembre 2003.
TARBES, le Mardi 14 Octobre 2003
A :
Mr DANIEL MARZIN,
Président de la commission d’étude de la toxicité des produits antiparasitaires,
Institut Pasteur de LILLE, BP 245, 1 rue du Professeur Calmette,
59019 LILLE CEDEX
A :
Mr HERVE DURAND
Ministère de L’Agriculture,
Sous direction de la qualité et de la protection des végétaux,
Bureau de la réglementation et de la mise sur le marche des intrants,
251 RUE DE VAUGIRARD 75732 PARIS CEDEX 15
Monsieur le Président, Monsieur le Sous Directeur,
Pour la deuxième année consécutive, la région Midi
Pyrénées a été victime, en début de printemps, d’intoxications
spectaculaires d’abeilles.
La justice enquête sur le sujet et plusieurs particuliers, syndicats ou
associations se sont constitués partie civile.
De son coté, l’administration a mis en place un dispositif de « post
homologation » qui s’est traduit par trois expérimentations successives. A
l’issue de ces tests, il s’avère que les poussières de semoir, dans
certaines circonstances, sont suffisantes pour provoquer, sans qu’il soit
besoin de synergie avec d’autres causes, ces empoisonnements d’abeilles aux
manifestations cliniques tout à fait exceptionnelles.
Enfin, la COM/TOX et la DGAL ont diffusé plusieurs avis et communiqués. Ces
textes nécessitent quelques mises au point. En effet, la confusion est
extrêmement préjudiciable à la bonne compréhension des phénomènes constatés
et à la résolution du problème global :
Comment assurer une bonne protection des plantes
contre les ravageurs sans dégâts non intentionnels sur l’environnement en
général et les insectes utiles en particulier.
Par souci de simplification et pour ne pas abuser de votre temps, je me
limiterai à deux documents :
L’avis de la COM/TOX : séance du 21 Mai 2003,
Le communiqué de presse de la DGAL du 4 Septembre 2003.
En tant que président du syndicat des apiculteurs professionnels de Midi Pyrénées (SAPMP, délégation régionale du SPMF), je profite de l’occasion pour, en même temps, poser un certain nombre de questions cruciales :
En avril 2003, les mortalités d’abeilles ne sont pas
localisées sur sept ruchers dans six communes. En réalité, les mortalités
massives et spectaculaires ont été constatées, sur demande des apiculteurs,
soit par les agents du service régional de la protection des végétaux, soit
par ceux de la direction départementale des services vétérinaires, soit
encore par des spécialistes apicoles dûment mandatés qui ont établi à chaque
fois des fiches de visite archivées à la DSV concernée. Pour les seuls
départements du Gers et de la Haute Garonne, cela représente au moins une
trentaine de ruchers dispersés dans une vingtaine de communes. Il y a, non
pas une, mais deux zones aux mortalités très massives, (le secteur de
Carbonne et celui de Montpitol), distantes de 50 Km environ, toutes deux sur
le département de la Haute-Garonne. Par ailleurs, des mortalités
insidieuses, chutes de populations, disparitions d’abeilles et comportements
anormaux se sont produits à la même époque sur la totalité des zones de
culture de Midi Pyrénées.
Nous savons, soit en lisant l’avis de la COM/TOX, soit
par des sources diverses, que des résidus de fipronil ont été retrouvés dans
plusieurs des échantillons d’abeilles mortes, tant sur les deux « zones
spectaculaires » que sur le reste de la région administrative. Jusqu’à
présent, à notre connaissance, pas un seul des apiculteurs sinistrés, (y
compris ceux cités dans l’avis de la COM/TOX), n’ont reçu copie de leurs
résultats de la part du laboratoire ayant effectué l’analyse. Outre l’aspect
humiliant, ce comportement pose le problème juridique de la propriété des
résultats. Comment peut on admettre, dans un état de droit, qu’un citoyen,
qui conduit une autorité administrative chez lui pour faire constater un
sinistre, ne soit pas automatiquement destinataire des analyses effectuées
sur des biens ou des animaux lui appartenant ? Quelle est la base juridique
de cette incivilité ? Cette situation est d’autant plus étonnante qu’elle ne
concerne que les résultats d’analyses de résidus. En effet, la communication
des analyses pathologiques est transmise automatiquement aux apiculteurs
concernés. On admettra aisément qu’une telle différence d’attitude peut
apporter le trouble, même dans l’esprit le plus candide.
Les trois expérimentations de terrain ont été menées cet
été dans le cadre « d’un dispositif de post homologation » mis en place par
La Direction Générale de l’Alimentation. Nous ignorions l’existence d’un tel
dispositif. A-t-il été créé pour la circonstance ou existait-il auparavant ?
Dans un cas comme dans l’autre, quel en est le cadre juridique ?
Nous apprenons par le communiqué du 04/09/2003, que les
résultats des essais et analyses de ces expérimentations sont aujourd’hui
disponibles. Comment se fait il que nous n’en ayons pas connaissance ?
Le 27 mai 2003 une réunion d’information ayant pour objet
la présentation partielle des premiers résultats d’analyses, s’est tenue à
Toulouse sous la présidence de Monsieur le Directeur Régional de
l’Agriculture et de la Forêt. Un compte rendu officiel devait nous être
envoyé. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ?
Plusieurs informations concernant le cas particulier de
Mme Bernes sont mal interprétées ou totalement inexactes. Cela est très
étonnant car, en tant que présidente du Groupement de Défense Sanitaire du
département de Haute Garonne (GDSA 31), c’est l’apicultrice qui a passé le
plus de temps à accompagner les services officiels (SRPV et DSV) sur le
terrain.
- La COM/TOX affirme que « des prélèvements d’abeilles (mélange mortes et
vivantes) ont été réalisés par Madame Bernes », alors que c’est le
fonctionnaire de la Direction Départementale des Services Vétérinaires qui
s’en est chargé, en sa présence.
- On est stupéfait d’apprendre que, « compte tenu de l’interrogation
concernant la qualification abeilles vivantes » ces prélèvements n’ont pas
été retenus pour la suite de l’évaluation. L’interrogation sur le fait «
qu’il n’est pas possible de savoir si ces abeilles correspondent à des
abeilles mourantes ou des abeilles saines » est particulièrement offensante
pour les auteurs du prélèvement (dans ces circonstances, comment pourrait on
qualifier l’individu qui expédierait « des abeilles saines » ?). En tout
cas, si doute authentique il y avait, pourquoi la question n’a-t-elle pas
été posée à la DSV, soit par la DGAL, soit par la COM/TOX ? Bien entendu, il
s’agissait d’abeilles mourantes et il est regrettable que cet échantillon
n’ait pas été retenu.
Nous aurions d’autres remarques à faire, mais, dans un
souci de brièveté, nous nous en tiendrons là, en vous remerciant par avance
de vos réponses.
Ceci dit, au-delà des interrogations périphériques, il reste au moins deux
questions de fond :
Comment en est on arrivé à cette situation effrayante ?
Chacun sait bien que, prés de 30 ans après le premier arrêté du 4 février
1976 censé protéger les abeilles, les apiculteurs sont témoins
d’empoisonnements insidieux tout au long de l’année. Ils ne peuvent
conserver (difficilement) leur cheptel qu’en ayant recours aux importations
massives de reines et paquets d’abeilles. Or, dans ce contexte déjà
particulièrement alarmant, l’un des derniers produits homologués
(commercialisé serait un terme plus exact si l’on s’en tient à la situation
administrative de la spécialité « Régent »), s’avère responsable
d’intoxications encore plus massives et spectaculaires que celles
occasionnées dans les années soixante par les archaïques organochlorés et
organophosphorés. Qui plus est, le processus de la contamination, les
poussières de semoir, est tout à fait inattendu et ressemble à un mauvais
scénario de science fiction.
Pourquoi les « experts » interrogés se trompent ils aussi
régulièrement depuis tant d’années ?
Sans alourdir le débat en rappelant toutes les erreurs passées, on notera
cette année qu’il a suffi de quelques tests sommaires pour contredire, dés
juillet, l’avis de la COM/TOX du 21 Mai 2003 : « Le seul scénario réaliste
pouvant potentiellement expliquer la gravité et la rapidité des symptômes
observés pourrait être celui concernant la dérive d’un brouillard de
traitement suite à un traitement de sols nu avec du Schuss ». Ce n’est pas
du Schuss, ce sont les poussières de semoir.
Un jour ou l’autre, tant la société civile que l’autorité politique et administrative n’échapperont pas à ces deux interrogations. C’est la raison pour laquelle, à titre de citoyens exposés bien malgré eux à cet environnement dangereux, les apiculteurs sont légitimes à poser quelques questions complémentaires :
Comment se fait il que l’on ne puisse connaître, matière
active par matière active, et zone de culture par zone de culture, les
statistiques de vente de produits phytosanitaires ? D’après l’Union des
Industries de Protection des Plantes (UIPP), ces chiffres, au moins
globalement, existent. Cependant, ils sont réservés à une petite dizaine de
personnes. Pourquoi toutes les parties concernées au débat (en premier lieu
les syndicats et le conseil de l’ordre des médecins), n’y ont-elles pas
accès ? Quelle est l’autorité administrative qui acceptera, en toute
transparence devant les citoyens, de défendre l’idée que ces chiffres
relèvent du secret industriel ?
La dispersion des poussières de semoirs dans
l’atmosphère, quelle que soit la molécule ayant servi à l’enrobage, dépasse
le cadre du dossier abeille. Les risques d’exposition des employés d’usines
d’enrobage, des agriculteurs ou des promeneurs le long des champs semés ne
peuvent pas être ignorés. On est tout prêt à croire qu’il n’y a pas de
risque pour les mammifères, même à long terme et en cas de contamination
répétée. Cependant, une étude médicale doit être menée sur le sujet. Si cela
a déjà été fait, une publication s’impose le plus rapidement possible.
Cette molécule, largement utilisée en usage vétérinaire,
a été assortie dans le cadre de l’homologation de la formulation « Schuss »,
de contraintes d’utilisation exceptionnelles. La stupéfiante dangerosité de
la matière active vis-à-vis des hyménoptères était donc parfaitement connue.
Or l’administration n’a pas les moyens d’un contrôle aussi minutieux sur le
terrain. Dans des cas semblables, n’est il pas préférable de s’abstenir
d’homologuer ?
En matière de produits phytosanitaires, la procédure
d’AMM est la même que pour les médicaments humains ou vétérinaires :
l’évaluation est faite sur la base d’un dossier fourni par le fabricant. Or,
le contexte est totalement différent. En cas d’erreur ou de sous évaluation
du risque au départ, il y a suffisamment de médecins et de vétérinaires en
aval pour signaler un éventuel dysfonctionnement « post homologation ».
Force est de constater qu’il n’y a pas d’équivalent pour contrôler à
posteriori sur le terrain l’innocuité des molécules nouvellement utilisées
vis-à-vis des lombrics ou de l’entomofaune utile. Quant aux abeilles, les
seuls qui pourraient en parler sont les apiculteurs, mais chacun conviendra
que leurs observations sont limitées à un environnement précis, et que, de
toutes façons, ils sont rarement écoutés. En tout état de cause et sans
chercher plus loin, l’homologation de la matière active « Schuss » démontre
bien que les limites du système actuel sont dépassées. Il doit donc être
remis à plat et réformé totalement.
Il semble acquis, à la lecture des communiqués de la
DGAL, que les « intoxications semoirs » sont uniquement dues à la variété «
Mélody », enrobée selon le process Syngenta Seeds. Une fois de plus, cette
affirmation est contredite par les observations des apiculteurs. Cela
faisait plusieurs années que nous cherchions la cause d’intoxications plus
ou moins visible au profane, dans des environnements exempts de cultures en
fleurs visibles autour des ruchers. Les poussières de « semoir » n’étaient
qu’une hypothèse parmi d’autres, (fongicides, herbicides, mélanges etc…) que
bien peu d’entre nous osaient évoquer tellement elle apparaissait
surprenante. Aujourd’hui que la preuve est établie, nos observations
s’éclairent soudain d’un jour nouveau. Toutefois, il serait bien insuffisant
de s’en tenir à une variété ou un seul process en s’abstenant d’investiguer
davantage. S’il est tout à fait cohérent d’admettre qu’un process peut être
meilleur ou moins bon qu’un autre, il serait surprenant que l’un soit
totalement mauvais et les autres tout aussi complètement parfaits. En l’état
actuel des connaissances disponibles, on peut donc raisonnablement estimer
qu’une bonne partie des minis intoxications mystérieuses de ces derniers
printemps est imputable à ces poussières quelle que soit la variété ou le
process. Simplement, comme pour les traitements par pulvérisation, les
variables techniques et climatiques sont tellement nombreuses que les effets
non intentionnels sur l’environnement et les abeilles peuvent être
d’intensité très différentes d’un secteur à l’autre. Le meilleur moyen d’en
avoir la preuve irréfutable serait, compte tenu de l’accumulation des
éléments à charge depuis deux ans, de suspendre tous les semis Régent sur la
région (maïs et tournesol), à l’exception éventuellement d’une zone test. En
tout état de cause, peu nous importe que les preuves soient apportées par la
méthode analytique, scientifique, ou technique. Sachez cependant qu’en
matière technique, les apiculteurs sont les seuls intervenants disponibles.
Je vous rappelle que nous avons déjà proposé nos services dans ce domaine à
de nombreuses reprises, tant aux services administratifs qu’à plusieurs
firmes agrochimiques. Nous n’avons pas changé d’avis.
Au delà de l’aspect poussières de semoirs, il reste la question de l’éventuelle toxicité du « Régent » lors de la floraison des tournesols. Certes, au regard de son efficacité contre les ravageurs, le produit n’est pas systémique. Toutes les études le montrent et les agriculteurs sur le terrain confirment. Toutefois, lorsque l’on constate qu’il suffit de quelques ppb pour exterminer une ruche entière en moins d’un mois, on ne peut s’empêcher de se poser la question : qu’en est il en cas de contamination 50 à 100 fois inférieure ? Chacun conviendra qu’il serait étonnant qu’elle fût sans conséquence. Je rappelle qu’en Midi Pyrénées, lors de la floraison des tournesols, on ne constate pas (ou rarement) de mortalité significative devant les ruches. Par contre, les dysfonctionnements du comportement sont parfaitement visibles aux yeux du spécialiste. Dés lors, on peut parfaitement imaginer que, en cas de « micro-systémie », que ce soit au niveau de la fleur ou d’autres parties végétatives, il est parfaitement possible que certains de ces effets délétères soient causés par ce produit sans qu’il y ait besoin de synergie avec d’autres molécules. Dans ce cas, il est illusoire d’espérer que la technique analytique la plus fine permettra de démontrer quoi que ce soit. Il faut donc trouver à l’avenir d’autres moyens afin d’évaluer le risque correctement et en toute objectivité.
En attendant, si le principe de précaution est autre
chose qu’un concept marketing, entre les preuves à la saison des semis, et
l’accumulation des indices à l’époque de la floraison, en la circonstance,
les autorités responsables ne peuvent faire autrement que de l’appliquer.
En dernier lieu, nous tenons à réitérer une très
ancienne demande : le retrait de l’homologation « emploi autorisé en pleine
floraison » (arrêté du 5 Juillet 1985) accordé à la Deltaméthrine depuis une
vingtaine d’année.
Selon les textes en vigueur, la procédure de retrait partiel d’autorisation
de mise sur le marché n’est pas très précise. En tout cas, elle n’est pas
interprétée de la même façon par tout le monde. Selon un avis de la DGAL de
Juin 2003, elle peut néanmoins être prononcée dans les cas suivants :
Si les conditions requises pour l’obtention de l’autorisation ne sont plus remplies,
Si des indications fausses ou fallacieuses ont été fournies lors de la demande d’autorisation.
Parmi les scientifiques et techniciens spécialisés, plus
personne n’ignore que cette molécule est l’archétype de l’homologation
accordée par erreur. C’est également un modèle parfait en matière
d’intoxication aux manifestations cliniques insidieuses et invisibles aux
non initiés.
Par ailleurs, comme cela a été clairement expliqué lors du colloque AFSSA du
10 septembre 2002 sans que personne, et pour cause, ne le contredise, cette
homologation qui date d’une époque ou les techniques étaient encore
balbutiantes s’est faite selon un processus qui, aujourd’hui, passerait pour
de l’escroquerie. Compte tenu du fait que la plupart des acteurs du moment
ne sont plus en activité, seule une enquête minutieuse menée par une
autorité indépendante permettrait d’en mettre en lumière les
dysfonctionnements. Les traces écrites subsistent. Il n’y aurait donc aucune
difficulté à révéler certains cas de non présentation de documents
normalement attachés à l’expérimentation, et les « arrangements » divers de
certaines analyses ou tests inter laboratoires.
Toutefois, une telle débauche de moyens apparaît inutile.
Compte tenu du consensus général, à la lumière des connaissances
d’aujourd’hui, il est clair que les conditions juridiques de ce retrait
partiel au regard de la procédure prévue par l’article 20 du décret N°
94-359 du 5 mai 1994, pris en transposition de la directive N° 91/414/CE
sont bien remplies.
En outre, sur le terrain, les choses seront beaucoup plus claires. En effet,
compte tenu de son utilisation massive, qui peut certifier aujourd’hui que
telle ou telle intoxication attribuée à une molécule récemment homologuée
n’est pas imputable en fait à la Deltaméthrine ?
Sur ce dernier point également, je vous remercie par avance de votre
réponse.
Dans cette attente, recevez, Messieurs, l’expression de mes salutations
distinguées.
Le président régional, JOËL SCHIRO
S.A.P.M.P.
Syndicat
des
des Apiculteurs
de Professionnels
de Midi
Pyrénées
Délégation Régionale Midi Pyrénées du SPMF
|
PRESIDENT M. Joël Schiro |
TRESORIERE Mme
Sylvie Sinde |
| Réalisation : Gilles RATIA Mise à jour : 03/04/02 APISERVICES - Copyright © 1995-2003 |
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